18 février 2017

TIME ZONE : The wildstyle


Acquis chez Emmaüs à Saint-Dizier le 26 novembre 2016
Réf : 13442 -- Édité par Celluloid/Carrere en France en 1984
Support : 45 tours 17 cm
Titres : The wildstyle -/- The wildstyle

Le nom d'Afrika Bambaataa n’apparaît pas du tout sur la pochette de ce disque de hip hop, mais j'ai depuis longtemps une édition de World destruction, le single suivant de Time Zone, "featuring John Lydon & Afrika Bambaataa" (réédition qui contient aussi The wildstyle en bonus, mais je l'avais oublié). Je ne risquais donc pas de laisser passer ce 45 tours à la pochette bien râpée, égaré au fin fond de la Haute-Marne. Par contre, je ne savais pas que, dans ses différents contrats de distribution, Celluloid s'était un moment allié avec Carrere, le label de de Sheila !
Afrika Bambaataa avait déjà marqué les esprits en 1982 avec Planet rock, devenu un classique, et sortait ses disques sous différents noms, avec The Soulsonic Force, la Zulu Nation ou Time Zone, comme ici, dont les autres membres sont Amad Henderson, B-Side et Motivator.
The wildstyle est sorti aux États-Unis en 1983. C'est un titre beaucoup moins réputé. Certes, on n'y entend pas de façon évidente d'échantillon iconique de Kraftwerk, mais c'est du hip hop électro à fond comme je l'aime, un très bon titre et une production américaine fortement teintée d'Europe, puisque sortie sur un label franco-américain, co-produite par le français Bernard Zekri, avec des paroles qui contiennent un peu d'allemand et du français, grâce à la rappeuse B-Side, française également.
Mais les liens de ce disque avec l'Europe, où Bambaataa a tourné dès 1982, sont encore plus profonds que ça. J'ai été intrigué par le fait que la musique de ce disque soit créditée à Wunderwerke. J'ai suivi le lien de Discogs et je suis arrivé sur la fiche d'un groupe, allemand comme son nom l'indique, mais qui n'a pas sorti de disque avant 1994. Sûrement une homonymie.
Puis, sur la page Wikipedia de Time Zone, j'ai lu une anecdote sur l'enregistrement de The wildstyle qui, dans un premier temps, m'a paru complètement farfelue. Une histoire impliquant Rusty Egan, des Rich Kids et de Visage, Yello et un studio allemand dans un patelin allemand, Wächtersbach. Puis, en poursuivant mes recherches, j'ai bien dû admettre qu'il y avait du vrai là-dedans. Ne serait-ce que parce que, contrairement à ce 45 tours français, le maxi américain remixé de 1983 mentionne bien Rusty Egan comme co-auteur de la chanson.
En fait, à l'origine de tout ça, il semble y avoir le studio Wunderwerke de Franz Aumüller et Dieter Kolb, ouvert en 1978 à Wächtersbach, où ils ont développé des boites à rythmes et l'un des tous premiers samplers (les mêmes Wunderwerke que sur Discogs, qui continuent leurs activités plutôt dans le domaine de l'art). Comme Franz Aumüller le raconte à Dream Chimney, et comme Rusty Egan le confirme dans une conférence divertissante (ci-dessous, à partir de 13'50), Egan et Ian Tregoning, alors manager de Yello, se sont bien arrêtés, en 1979 apparemment, chez Wunderwerke et ont collaboré toute une nuit à créer un instrumental plein de samples. Comme il n'avait pas de projet pour sortir cette musique en Angleterre, Egan l'a confiée plus tard aux gens de Celluloid, avec qui il avait été en contact pour la distribution de Soft Cell et Suicide. Ils s'en sont servis comme base pour la musique de ce 45 tours de Time Zone, et je pense que c'est après la première sortie que Rusty Egan est intervenu pour que lui-même et sa maison d'édition Metropolis (encore une référence à Kraftwerk !) soient crédités sur le remix.
Une bien belle histoire, en tout cas, et un excellent 45 tours rap/électro comme j'aime en trouver régulièrement.



12 février 2017

VIDEO NASTIES : Karl Blau EP


Acquis chez Oxfam à Dalston le 21 janvier 2017
Réf : WOW005 -- Édité par Way Out West en Angleterre en 2007
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Karl Blau -- Devil -/- Jørgenson's horn -- T.V.

L'un des avantages de la relative reprise de production de 45 tours au 21e siècle, c'est que, du coup, on commence à en trouver d'occasion ou en solde. J'en avais acheté tout un lot, dont un Vampire Weekend, à Bristol en 2012. Chez Oxfam à Dalston le mois dernier, il y en avait quelques-uns, de groupes inconnus pour moi. J'en ai pris deux, dont celui-ci, pour sa pochette sympa, mais surtout pour son titre en référence à Karl Blau.
Karl Blau, on en parle beaucoup depuis l'an dernier. Il est d'ailleurs en concert en France cette semaine dans le cadre des Nuits de l'Alligator (le dernier à Paris, ce soir-même). Bella Union a sorti en Europe son album Introducing Karl Blau au printemps 2016. Un titre on ne peut plus trompeur car l'expression "Introducing" est généralement utilisée pour la première production ou la première apparition d'un artiste, tandis que là il s'agit surtout de le présenter au grand public après des années de parutions souterraines.
Introducing est un bon disque, classé par beaucoup en fin d'année parmi les meilleures parutions des douze mois écoulés. Il est parfaitement interprété, parfaitement produit par Tucker Martine, producteur, et accessoirement mari, de Laura Veirs, mais c'est un album de reprises, de chansons country, et c'est presque dommage pour quelqu'un d'aussi productif et créatif que Karl Blau de devoir sa reconnaissance à un disque somme toute ordinaire. Combien des acheteurs de Introducing vont s'intéresser à ses 35 productions précédentes disponibles sur Bandcamp, de The coconutcracker suite, une version reggae de Casse-noisette, à Dubble dooty booty, enregistré en partie en concert au Café de la Danse, en passant par West coast chalice, des reprises de chansons contemporaines écrites par des femmes de la Côte Ouest des États-Unis (c'est précis comme concept !) ? Sans parler de toutes ses participations à des enregistrements indépendants, notamment chez K Records, dont l'album It was hot, we stayed in the water de The Microphones en 2000, qui contient la chanson Karl Blau (Karl a enregistré en 2004 sa propre version de cet album, It was hot, we stayed in the water and other seaside selections).
Pour ma part, j'ai surtout connu Karl Blau comme musicien accompagnant Laura Veirs lors des deux concerts que j'ai vus d'elle, le 3 octobre 2004 à Nantes et le 11 mars 2005 à Reims.
Ayant tout ça en tête, on comprend pourquoi ce Karl Blau EP de Video Nasties m'a intéressé. Même si, au bout du compte, après avoir écouté les paroles de la chanson de ce jeune groupe londonien (à ne pas confondre avec  le groupe américain du même nom de Portland dans le Maine, qui vient de sortir un premier album sans titre), il me semble bien que la chanson ne fait pas du tout référence au Karl Blau américain, mais plutôt à un homonyme, un copain du groupe.
En tout cas, ce qui compte, c'est que la chanson Karl Blau, un petit hymne pop-punk, est fraîche et sympathique et, ce qui ne gâte rien, les deux titres suivants, Devil et Jørgenson's horn le sont tout autant. Des quatre titres du 45 tours, seul T.V. est un peu inférieur.
Ce Karl Blau EP était le deuxième 45 tours de Video Nasties. Après ça, ils ont sorti deux autres singles et un album en CD-R promo sur leur propre label, Dead Again.
Cet album, On all fours, a ensuite été sorti sous licence par Turnstyle en 2009. Il a été mis en vente sur les plate-formes de téléchargement, mais le disque a sûrement très peu été distribué. En tout cas, je pense que le groupe n'a pas survécu longtemps après cette sortie et je n'ai pas trouvé de trace tangible d'activité discographique subséquente des membres du groupe.
Reste cet EP très agréable, que je suis bien content d'avoir pris, même sous un prétexte qui est peut-être faux. Et je ne manquerai pas d'acheter leurs autres disques si je tombe dessus.





05 février 2017

SENIOR MODEL : Demonstration


Acquis par correspondance chez Bandcamp le 2 janvier 2017
Réf : [Sans] -- Édité par Senior Model via Bandcamp en 2016
Support : 6 x MP3
Titres : Sade, Sade, Sade -- Sweet lesbian -- Skala Bar 2013 -- Cosy -- Anywhereanyway -- Data hoarders

Sex works, le disque de Family Fodder chroniqué la semaine dernière, est une parution typique de la vogue passéiste qui saisit tout un pan de l'industrie du disque : une nouvelle parution en vinyl, en édition très limitée bien sûr, compilant des titres anciens et récents, dont un inédit, pour faire la promotion d'une réédition CD d'un album oublié des années 1990.
Pour diffuser une partie de ses productions récentes, Alig Fodder a choisi depuis l'an dernier un mode de diffusion totalement différent et tout à fait contemporain : il met lui-même en ligne sur Bandcamp ses enregistrements sous le nom de Senior Model et chacun est libre de fixer son prix pour les télécharger.
Je ne suis pas naïf au croire que ce système est parfait et va rapporter suffisamment à ce musicien professionnel pour vivre de sa pratique, mais je ne suis pas sûr que ce soit très différent pour les sorties de disques indépendantes. Au moins, cela lui permet de diffuser sa musique à moindre coût et de ne dépendre de personne d'autre pour le faire.
Les premières sorties instrumentales de Senior Model m'ont moyennement intéressé. Fret noise propose des solos de guitare acoustique modaux. C'est agréable pour l'ambiance, propice à la méditation, mais ce n'est pas ce que j'écoute de façon régulière. Idem pour Music for stroking cats. Là, l'instrument est le marimba, en solo ou en duo. Très bien, avec même une version de The onliest thing de Family Fodder, mais je n'ai pas spécifiquement besoin de musique pour caresser mon chat.
Mon oreille a plus été attirée par Generic adverts qui, comme le titre l'indique, propose des messages publicitaires insipides pour des produits fades et sans marque tels que les politiciens, l'essence, le fromage, la dette, l'amour.
Quand j'ai acheté au tout début de cette année Demonstration, la quatrième parution de Senior Model, je m'attendais à quelque chose dans la même veine que les précédentes sorties, mais j'ai été très agréablement surpris : il ne m'a pas fallu plus que quelques secondes pour me rendre compte que, cette fois-ci, l'album contenait des chansons et que, probablement, comme le titre l'indique une fois encore, il s'agit de démos pour un album qui aurait tout à fait la trempe des disques récents de Family Fodder, Classical music et Variety.
Vérification faite auprès d'Alig lui-même, il s'agit bien de titres prévus pour un album qui pourrait s'intituler, ou pas, In praise of women ou Songs about (real and imaginary) girls, et qui pourrait sortir, ou pas, sous le nom de Family Fodder.
Comme j'insistais sur la qualité de ces démos, pour moi dignes d'être éditées sans qu'il soit nécessaire de les produire beaucoup plus, Alig a expliqué que, quand il écrit une chanson, il la termine très rapidement, et la première démo est au moins à 80% de la qualité de production qu'il espère atteindre. Mais ensuite, il faut parfois un an et des dizaines d'heures de travail pour l'améliorer de 10%, et ainsi de suite. En tout cas, ces enregistrements parfaitement aboutis ont été réalisés entièrement seul.
J'avais remarqué également que la liste des titres de Demonstration variait au fil des jours : cinq, puis quatre, puis six. En fait il n'y a pas que ça qui varie, puisque Demonstration est véritablement un "work in progress" et, au fil de son travail, Alig est amené à remixer ou compléter certaines chansons, et à remplacer une ancienne version par une nouvelle.
Je chronique aujourd'hui un album de six chansons, mais il y en aura peut-être bientôt huit, ou moins... Je vais essayer de ne pas trop me répéter, car toutes les chansons me plaisent ici.
Sade, Sade, Sade, où il est question d' "ear-rings" et d' "ear-worms" et de se retirer dans les Cotswolds, est, sans surprise, un hommage à la chanteuse Sade plutôt qu'au Marquis de. Un exercice dans lequel Alig excelle au moins depuis 1980 avec Debbie Harry.
Le commentaire d'Alig pour Sweet lesbian , dont le refrain est "He found happiness with a lesbian", est "Une histoire vraie ?". A lui de nous dire, mais je note que, dans cette perle pop-rock, il est fait mention de John ("She was a mermaid, he was a scorpion, she was a lesbian, his name was John"), le prénom de naissance d'Alig.
J'ai eu un coup au cœur à l'écoute des premières secondes de Skala Bar 2013. Ce son qui vibre m'a immédiatement transporté en 1982-1983, quand j'ai passé quelques heures avec mon pote Bruno R. dans la régie de l'I.U.T. de Reims à réaliser une vidéo pour Playing golf, le premier 45 tours de Family Fodder. Le clin d’oreille est tellement évident que je n'avais pas besoin de la confirmation d'Alig pour savoir que ce n'était pas fortuit. La différence est qu'en 1979 il avait utilisé un orgue Farfisa Compact Duo, alors que là c'est un échantillon de cordes passé dans une sorte de pédale d'effet trémolo pour guitare. Avant d'en arriver là, Alig a bossé sur différentes versions de cette chanson pendant une année entière, la plupart dans un style à la Jacques Brel. La chanson est présentée comme "Des cartes postales de la mer de Lybie", autrement dit, de chez Alig, qui vit actuellement en Crète.
A plusieurs moments en écoutant Demonstration, et notamment Cosy, je me suis demandé si Alig utilisait un oud, un instrument qu'il maîtrise parfaitement. Mais non, c'est de la guitare acoustique, mais avec des accordages et des techniques propres à l'oud, notamment une façon hindoustanie d'utiliser l'ongle de l'index comme slide. Tout à la fin, on entend un chien, peut-être bien celui qui est avec Alig sur la photo de Bandcamp.
Anywhereanyway et Data hoarders sont les deux chansons qu'Alig a ajoutées dernièrement à l'album. Sur Data hoarders, on retrouve le même son synthétique sur sur Skala Bar 2013, plus une voix passée au modulateur en anneau. Un habillage idéal pour un hymne techno-pop qui interroge notre société de l'information. Un tube, potentiellement.
Y a pas à dire, les chansons d'Alig ont toujours tendance à terriblement me plaire. Allez les écouter, c'est gratuit, et faites tourner !

29 janvier 2017

FAMILY FODDER : Sex works


Acquis chez Rough Trade East à Londres le 21 janvier 2017
Réf : JUNG079 -- Édité par Jungle en Angleterre en 2016
Support : 33 tours 17 cm
Titres : You came (again) -- Nerd sex -/- Fuck you til I'm dead (Exhumed version) -- Dinosaur sex (Dusted version)

J'ai été bien content de récupérer chez Rough Trade le dernier exemplaire en stock de ce quatre titres de Family Fodder sorti à l'automne dernier.
Je pense qu'il a surtout été édité, à 300 exemplaires, pour appuyer la réédition de Foreverandever, un album passé inaperçu lors de sa sortie originale en 1996 en Italie sous le nom de Johnny Human, et donc réédité par l'un des labels historiques du groupe, Jungle, en 2016, avec trois titres en plus (et un en moins).
Pour cette petite compilation, le principe est simple : sélectionner des chansons avec une thématique commune et universelle, le sexe, et en prendre une par décennie depuis les années 1980 (s'il y avait eu plus de place sur le disque, on aurait peut-être pu trouver une cinquième chanson sur ce thème sortie sur l'un des deux disques du groupe paru en 1979).
Le résultat est excellent de bout en bout et c'est une preuve supplémentaire du talent d'Alig Fodder et de la qualité et de la variété des chansons qu'il compose.
On va les prendre dans l'ordre chronologique.
Schizophrenia party !, un mini-album de 1981, est l'un des disques de la première époque de Family Fodder que j'ai le moins écoutés (il a été réédité par Staubgold en 2014, en 33 tours avec les titres de deux 45 tours en plus). Mais au fil du temps, j'ai fini par apprécier Dinosaur sex, le titre qui domine le disque avec ses neuf minutes, ici réduit de façon très efficace à trois minutes trente.
En temps normal, plusieurs traductions sont possibles pour You came. Dans le contexte de ce disque, il est clair qu'on ne traduirait pas "I was waiting for you and you came" par "Je t'attendais et tu es venue" ni "You came again" par "Tu es revenue"... C'est très bien que cette excellente chanson pop-rock, parue à l'origine sur Foreverandever, se voit offrir une nouvelle chance.
Au début des années 2000, Alig Fodder et Dominique Levillain ont à nouveau enregistré ensemble sous le nom de Family Fodder, sur le label Américain Dark Beloved Cloud. Il y a eu l'album Water shed et, le 11 novembre 2002, un mini-CD sans pochette, Tender words, qui contenait notamment La chanson de Craonne.
La chanson-titre a été renommée Fuck you til I'm dead en 2008 quand elle a été incluse sur la compilation More great hits et je trouve ça dommage : ça me semble plus fort d'appeler Des mots tendres une chanson dont le refrain est "Je veux te baiser à en mourir".
On a pas mal parlé de cette chanson l'an dernier car le groupe américain YACHT l'a reprise très fidèlement sur son album I thought the future would be cooler. Malheureusement, quasiment aucune des chroniques de l'album n'a mentionné qu'il s'agissait originalement d'une chanson de Family Fodder, et on a surtout parlé d'un mini-scandale médiatique créé par une fausse sex tape diffusée par le groupe.
Pour les années récentes, on a droit à un inédit, Nerd sex, l'une des nombreuses excellentes démos d'Alig qui restent inédites. Celle-ci a été enregistrée en 2014, au moment où Family Fodder a donné quelques concerts en Europe. La chanteuse est Bee Ororo, et on retrouve sur cet enregistrement Grahame Painting et Bazz Smith, qui étaient déjà là tous les deux sur Schizophrenia party !, mais pas Alig, qui s'est "contenté" d'écrire la chanson.
Comme le titre l'indique, il est question des aventures sexuelles d'intellos binoclards ou de rats de bibliothèques, avec jeux de mots ("Nerds of a feather") et moqueries faciles ("Put on your specs, let's have nerd sex, zip up your anorak, give me my biro back"), avec bruitages de fermeture éclair et d'éternuements.

Il doit rester en vente quelques-uns des 300 exemplaires de ce single, mais à ceux qui n'ont pas déjà  l'album je conseille plutôt d'acheter la réédition CD de Foreverandever, qui contient les quatre titres de Sex works.

23 janvier 2017

FATS DOMINO : When my dream boat comes home


Acquis chez British Red Cross à Fulham le 20 janvier 2017
Réf : HL-U.8309 -- Édité par London en Angleterre en 1956
Support : 78 tours 25 cm
Titres : When my dream boat comes home -/- So long

Depuis que j'achète des 78 tours, je suis tombé sur des disques intéressants, de chanson française (Maurice Chevalier, Les Sœurs Étienne), d'accordéon (Tony Murena, Léon Raiter), de "musique du monde" (Mahjouba, Louise & Ferera), de jazz (Dizzy Gillespie), ou de blues (Blind Willie Dunn), mais secrètement j'espère toujours tomber sur un disque de rock, un incunable en quelque sorte.
Certes, ce n'est ni un disque de Chuck Berry ou Bo Diddley, ni mếme un Elvis Presley, un Little Richard, un Bill Haley, un Beatles ou un Rolling Stones, mais franchement j'ai eu le sentiment que ma quête était accomplie quand, à la fin d'une pile d'une douzaine de 78 tours qui contenait la dose habituelle de mièvreries, de classique et d'opéra, j'ai reconnu le label de London Records et vu le nom de Fats Domino. 2 £, ça les valait rien que pour le coup au cœur que ça m'a donné.
Fats Domino, 88 ans aujourd'hui, une carrière entamée sur disque en 1949, bien avant la vague rock 'n' roll, un son où le piano et les cuivres prédominent plutôt que la guitare électrique, mais il est l'une des grandes figures du genre, reconnu et repris par tout le monde.
Ce pressage anglais d'un single américain d'Imperial est sorti en 1956, juste avant Blueberry Hill. Comme cet immense tube, When my dream boat comes home est une reprise d'une chanson de variétés américaines, pur produit de Tin Pan Alley, avec des paroles de Cliff Friend et une musique de Dave Franklin. Sûrement l'une des chansons que Fats écoutait à la radio quand il débutait au piano dans le garage de ses parents. Sauf erreur de ma part, la version originale de cette chanson a été interprétée par Bing Crosby en 1935. Il suffit de comparer cette version avec celle de Fats Domino, sur disque ou en direct à la télé ci-dessous, pour saisir l'effet combiné de Fats et de son producteur Dave Bartholomew. Chez Fats, la chanson est accélérée, survitaminée par une section de cuivres impressionnante, pour un rock qui a conservé ses racines rhythm and blues.
En face B, So long est un original, typique du style qui a fait le succès de Fats Domino, sur un rythme moins échevelé. C'est très bien aussi.
Une fois rentré, je me suis aperçu que le disque avait un jeton au début d'une des faces, et surtout qu'il était en partie fendu. Mais c'est solide ces vieux machins, et j'ai repositionné les deux parties du disque bien en face l'une de l'autre et c'est passé sur l'électrophone sans même un craquement. Vivement que les vide-greniers reprennent, que je trouve d'autres pièces de musée !



14 janvier 2017

LES SÉGATIERS DE L'ÎLE MAURICE VOL. 1


Acquis sur le vide-grenier de la rue de l'Hôpital à Épernay le 17 août 2014
Réf : LPJ 177 -- Édité par Jackman en France vers 1976
Support : 33 tours 30 cm
14 titres

Il m'a fallu un peu de temps pour apprécier pleinement la chanson Alouda limonade de Cyril Labonne. Disons au moins trois écoutes de 2014 à 2016 : La première quand j'ai investi 2 € dans ce 33 tours (je m'intéresse de près au séga et suis prêt à tous les sacrifices depuis que j'ai acheté deux 45 tours de Ti Frère en 2009); la seconde quand j'ai acheté la compilation CD Splendeur des îles de l'Océan Indien; et la troisième cet été quand j'ai racheté par erreur cette compilation en CD, avec l'excuse que la pochette et le titre, Ségas des îles de l'Océan Indien, étaient différents.
Mais bon, j'ai fini par craquer sous le charme de cette chanson très rythmée, aux chœurs joyeux, avec dans les paroles un distique excellent, "Çé n’est pas sérin qui gazouillé, Çé mon âme qui monte dans les airs" :
  • L'autre côté montagne Chamarel
    Nou alle cherche dibois gali gaillard
    Çé n’est pas sérin qui gazouillé
    Çé mon âme qui monte dans les airs

    Alouda limonade (glacé)
    Alouda limonade (frappé)
    Alouda limonade, alouda limonade vende dans bazar

    Ene prémier bonne nouvelle mo tendé
    Mo zozo fine conne envoler
    Zozo condé y envoler
    Zozo condé y envoler avec son congolo lors so la tête

    (...)
    Mo alle dans conseil minicipal
    Ramgoolam pa donne cigarette
Le refrain reste bien en tête, avec cette Alouda limonade un coup frappée, un coup glacée. En cherchant un peu, j'ai trouvé que l'Alouda, version mauricienne du Falooda indien, est une boisson locale à base de lait et de sirop, de graines de basilic et de gelée d'agar-agar.
Apparemment, Alouda limonade, sorti à l'origine en 1968, a été un succès dans tout l'Océan Indien. Il y a eu plusieurs éditions en 45 tours.
Sous son nom, Cyril Labonne a une discographie conséquente, avec près d'une trentaine de 45 tours et au moins un album en 1979, mais j'ai eu du mal à trouver des informations sur son parcours. C'est dans les notes de pochette de la compilation Sok soul séga sortie l'an dernier que j'ai trouvé quelques détails. Il a débuté comme batteur et trompettiste avant de former en 1967 la première troupe de danseurs et musiciens de Maurice à jouer du séga pour les touristes, Cyril Labonne et ses Ségas, qui se produisaient au Mauritius Hotel. Alouda limonade est son premier disque.
Par la suite, il s'est établi en France où il a créé un label, Cyrlab, et produit des disques. Il y vit toujours et se produit régulièrement, notamment avec les Séga Boys de Maxime d'Avrincourt.
Ce 33 tours Les ségatiers de l'Île Maurice vol. 1 est le premier d'une série de trois éditée par Jackman dans la deuxième moitié des années 1970. Il y a une série équivalente de quatre disques pour La Réunion, L'Île de la Réunion en ségas.
Sur ce volume, Cyril Labonne a la vedette avec la moitié des titres, les huit faces de quatre 45 tours (dont certaines ont aussi été éditées en EP trois titres), sorties à l'origine sur Disques Capricorne.
En-dehors d'Alouda limonade, j'aime beaucoup les titres où l'on retrouve les choeurs, Séga lai, Trouloulou macondé (avec une superbe ouverture voix/percussions et, à nouveau les vers sur le serin et l'âme qui monte dans les airs) et Gros Marie, dont le titre complet est Gros Marie pisse dans baquet :
  • Mo passe la rie Dauphine
    Mo tende lé son piano
    Çé n’est pas lé son piano
    Mais gros Marie pisse dans baquet
En écoutant Laisse mo sayer, je me suis dit que, sur ce titre, Cyril chantait vraiment comme Ti Frère. J'ai compris pourquoi en regardant les crédits : l'auteur de la chanson est A. Ravaton, c'est à dire Ti Frère lui-même !
Les autres grandes vedettes du disque, ce sont Les Corsaires, un groupe instrumental dirigé par Lucien Pouzet. Ils sont crédités sur quinze des seize titres, dont deux instrumentaux. J'aime beaucoup Ti Joseph Galant.
Alain Permal a droit à trois titres ici, dont mon préféré est Tifayte. C'est la face B du 45 tours Séga bello, également présent ici, que j'ai dans mes étagères. j'ai aussi deux 45 tours qu'il partage avec Jeanine Lebout. Celle-ci est présente sur cette compilation pour un titre en duo avec Marie-Rose Lebout, Donne-moi la main.
Avec notamment le lot de disques trouvé en 2015, j'ai beaucoup de disques de séga, de Maurice, La Réunion ou Madagascar, mais c'est une musique que j'apprécie et je ne désespère pas de continuer à enrichir ma collection en 2017, avec d'autres 45 tours, 33 tours ou CD !

Les deux faces du 33 tours, la 1 et la 2, sont en écoute sur YouTube.


L'édition originale (je pense) d'Alouda limonade en 45 tours, sur Disques Capricorne, en face B de Gros Marie. J'ai cette pochette, mais sans disque à l'intérieur. Sinon, c'est ce 45 tours que j'aurais chroniqué, plutôt que la compilation.

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