14 janvier 2017

LES SÉGATIERS DE L'ÎLE MAURICE VOL. 1


Acquis sur le vide-grenier de la rue de l'Hôpital à Épernay le 17 août 2014
Réf : LPJ 177 -- Édité par Jackman en France vers 1976
Support : 33 tours 30 cm
14 titres

Il m'a fallu un peu de temps pour apprécier pleinement la chanson Alouda limonade de Cyril Labonne. Disons au moins trois écoutes de 2014 à 2016 : La première quand j'ai investi 2 € dans ce 33 tours (je m'intéresse de près au séga et suis prêt à tous les sacrifices depuis que j'ai acheté deux 45 tours de Ti Frère en 2009); la seconde quand j'ai acheté la compilation CD Splendeur des îles de l'Océan Indien; et la troisième cet été quand j'ai racheté par erreur cette compilation en CD, avec l'excuse que la pochette et le titre, Ségas des îles de l'Océan Indien, étaient différents.
Mais bon, j'ai fini par craquer sous le charme de cette chanson très rythmée, aux chœurs joyeux, avec dans les paroles un distique excellent, "Çé n’est pas sérin qui gazouillé, Çé mon âme qui monte dans les airs" :
  • L'autre côté montagne Chamarel
    Nou alle cherche dibois gali gaillard
    Çé n’est pas sérin qui gazouillé
    Çé mon âme qui monte dans les airs

    Alouda limonade (glacé)
    Alouda limonade (frappé)
    Alouda limonade, alouda limonade vende dans bazar

    Ene prémier bonne nouvelle mo tendé
    Mo zozo fine conne envoler
    Zozo condé y envoler
    Zozo condé y envoler avec son congolo lors so la tête

    (...)
    Mo alle dans conseil minicipal
    Ramgoolam pa donne cigarette
Le refrain reste bien en tête, avec cette Alouda limonade un coup frappée, un coup glacée. En cherchant un peu, j'ai trouvé que l'Alouda, version mauricienne du Falooda indien, est une boisson locale à base de lait et de sirop, de graines de basilic et de gelée d'agar-agar.
Apparemment, Alouda limonade, sorti à l'origine en 1968, a été un succès dans tout l'Océan Indien. Il y a eu plusieurs éditions en 45 tours.
Sous son nom, Cyril Labonne a une discographie conséquente, avec près d'une trentaine de 45 tours et au moins un album en 1979, mais j'ai eu du mal à trouver des informations sur son parcours. C'est dans les notes de pochette de la compilation Sok soul séga sortie l'an dernier que j'ai trouvé quelques détails. Il a débuté comme batteur et trompettiste avant de former en 1967 la première troupe de danseurs et musiciens de Maurice à jouer du séga pour les touristes, Cyril Labonne et ses Ségas, qui se produisaient au Mauritius Hotel. Alouda limonade est son premier disque.
Par la suite, il s'est établi en France où il a créé un label, Cyrlab, et produit des disques. Il y vit toujours et se produit régulièrement, notamment avec les Séga Boys de Maxime d'Avrincourt.
Ce 33 tours Les ségatiers de l'Île Maurice vol. 1 est le premier d'une série de trois éditée par Jackman dans la deuxième moitié des années 1970. Il y a une série équivalente de quatre disques pour La Réunion, L'Île de la Réunion en ségas.
Sur ce volume, Cyril Labonne a la vedette avec la moitié des titres, les huit faces de quatre 45 tours (dont certaines ont aussi été éditées en EP trois titres), sorties à l'origine sur Disques Capricorne.
En-dehors d'Alouda limonade, j'aime beaucoup les titres où l'on retrouve les choeurs, Séga lai, Trouloulou macondé (avec une superbe ouverture voix/percussions et, à nouveau les vers sur le serin et l'âme qui monte dans les airs) et Gros Marie, dont le titre complet est Gros Marie pisse dans baquet :
  • Mo passe la rie Dauphine
    Mo tende lé son piano
    Çé n’est pas lé son piano
    Mais gros Marie pisse dans baquet
En écoutant Laisse mo sayer, je me suis dit que, sur ce titre, Cyril chantait vraiment comme Ti Frère. J'ai compris pourquoi en regardant les crédits : l'auteur de la chanson est A. Ravaton, c'est à dire Ti Frère lui-même !
Les autres grandes vedettes du disque, ce sont Les Corsaires, un groupe instrumental dirigé par Lucien Pouzet. Ils sont crédités sur quinze des seize titres, dont deux instrumentaux. J'aime beaucoup Ti Joseph Galant.
Alain Permal a droit à trois titres ici, dont mon préféré est Tifayte. C'est la face B du 45 tours Séga bello, également présent ici, que j'ai dans mes étagères. j'ai aussi deux 45 tours qu'il partage avec Jeanine Lebout. Celle-ci est présente sur cette compilation pour un titre en duo avec Marie-Rose Lebout, Donne-moi la main.
Avec notamment le lot de disques trouvé en 2015, j'ai beaucoup de disques de séga, de Maurice, La Réunion ou Madagascar, mais c'est une musique que j'apprécie et je ne désespère pas de continuer à enrichir ma collection en 2017, avec d'autres 45 tours, 33 tours ou CD !

Les deux faces du 33 tours, la 1 et la 2, sont en écoute sur YouTube.


L'édition originale (je pense) d'Alouda limonade en 45 tours, sur Disques Capricorne, en face B de Gros Marie. J'ai cette pochette, mais sans disque à l'intérieur. Sinon, c'est ce 45 tours que j'aurais chroniqué, plutôt que la compilation.

07 janvier 2017

MOUNTAIN MAN : Made the harbor


Offert par Philippe D. à Paris le 3 juillet 2014
Réf : Bellacd246p -- Édité par Bella Union en Europe en 2010 -- This cd is numbered and copy protected - FOR PROMOTIONAL USE ONLY - NOT FOR SALE
Support : CD 12 cm
13 titres

Je continue de picorer les disques promo que Philippe m'a offerts en juillet 2014. Je sais, ça fait plus d'un an et demi maintenant, mais il y en avait vraiment un très gros sac et je préfère prendre mon temps pour les écouter tranquillement (j'approche de la fin du sac...).
Comme à mon habitude, j'ai pris celui-ci pour l'écouter en voiture sans chercher à avoir plus d'informations que celles qui figurent sur la pochette. Le nom du groupe, le titre de l'album et des chansons, le label...
Mountain Man chez Bella Union ? Je m'imaginais un barbu avec sa guitare en bois, le genre de bûcheron lettré diplômé de l'université.
Raté.
Le disque s'ouvre bien avec une guitare en bois, et c'est peut-être bien le seul instrument utilisé sur l'album, mais de barbu, à l'oreille autant que ça puisse se détecter, il ne devait pas y en avoir, au moins parmi les vocalistes du groupe.
Clairement, les voix qu'on entend sont féminines et produisent de superbes harmonies vocales. L'album compte treize titres, mais il ne dure guère plus d'une demie-heure et est d'une grande unité. Ces chansons quasiment a cappella semblent flotter hors du temps. On a l'impression qu'elles auraient pu être enregistrées il y a 150 ans (ou dans 150 ans, on espère). L'ensemble est éthéré, évanescent, et s'inscrit au sens large dans une tradition folk.
Pour l'heure, mes titres préférés sont How'm I doin, Babylon (dont les paroles sont celles du Psaume 137), Buffalo et Animal wings.
A l'écoute j'ai pensé au Little Wings de Light green leaves pour le côté boisé et la fraîcheur. C'était avant que je sache que Mountain Man est un trio constitué d'Amelia Meath, Alexandra Sauser-Monnig et Molly Sarlé, qui s'est rencontré à l'université dans le Vermont et a accompagné Feist en tournée pendant un an et demi, à l'époque où justement Feist a repris le Look at what the light did now de Little Wings.
Il n'est pas sûr du tout qu'il y aura un jour un deuxième album de Mountain Man, sachant que celui-ci a déjà sept ans. Amelia Meath et Molly Sarlé ont participé au projet Bobby, qui a sorti un album en 2011. Amelia Meath est aussi membre du duo Sylvan Esso, dont le deuxième album est annoncé pour 2017
Mais ce n'est pas grave. Qui veut se procurer un grand moment de zen pourra toujours atteindre ce havre qu'est Made the harbor.











01 janvier 2017

MES GRANDES TROUVAILLES DE CHINE 2016

Pour la sixième fois, voici une sélection de mes découvertes discographiques achetées d'occasion pendant l'année écoulée et chroniquées ici.
Clairement, il y a eu un changement pour ce qui concerne les vide-greniers par chez moi : je n'y ai acheté que quelques disques isolés, jamais un seul lot de 45 tours intéressants... C'est une page qui se tourne. Les CD ne remplacent pas vraiment les vinyls sur les stands du dimanche matin. Pendant un temps, j'ai même cru que cette sélection, s'il devait y en avoir une, serait surtout constituée de 78 tours, car j'ai eu la chance d'en trouver à plusieurs reprises.
Au  bout du compte, la sélection est variée, avec trois 78 tours (dont un 90 tours, en fait), quatre 45 tours, trois 33 tours et trois CD.
Mes trouvailles les plus intéressantes se sont faites de manière concentrée, mais dans des circonstances variées : plusieurs disques intéressants sur quelques stands d'un vide-grenier de Châlons, juste après un gros orage, un beau paquet de 78 tours pour 2 € à Sillery, une belle série de disques intéressants dans diverses boutiques lors d'une journée en Belgique, de nombreux CD qui allaient être mis en rayon à Londres et plusieurs très beaux 33 tours Vogue qui m'attendaient un samedi matin à la Ressourcerie.
Côté concerts, le meilleur moment de l'année je l'ai passé avec Sages Comme Des Sauvages, et leur album Larguer la peau, de 2015, a continué de me réjouir depuis.

Un clic sur le titre ou la pochette vous emmènera sur la chronique correspondante.
Les disques sont listés dans l'ordre de leur chronique sur le blog.



Un groupe nantais puissamment original, découvert quelques mois après sa séparation.


Très belle pochette pour ce 33 tours de Bluegrass retrouvé dans une botte de foin chez Emmaüs.


Sûrement le disque le plus ancien de ma collection, le disque du siècle, et même plus, puisqu'il est sorti vers 1914. Tellement vieux que je n'ai pas pu effectivement écouter ce 90 tours.


Jean Yanne n'aime pas le rock, mais ça ne nous empêche pas d'aimer Jean Yanne.


Un exemple de parasitisme discographique comme je les apprécie, nom du groupe et maquette de la pochette compris.


Sister Rosetta Tharpe en concert en France. Un document exceptionnel édité tardivement, mais déjà un CD collector.


La plus belle pièce d'un beau lot de 78 tours acheté à Sillery. Une production marocaine qui garde tout son mystère.


Superbe pochette pour ce 33 tours de reprises d'Elvis Presley... à l'accordéon ! L'un des nombreux disques intéressants trouvés lors d'une virée en Belgique pendant l'été.


Il a fallu que j'aille jusqu'en Belgique pour enfin trouver un très beau 78 tours des rémoises Les Sœurs Étienne.


Un excellent 45 tours de rock sixties par un Bob Seger encore débutant.


L'un des très nombreux CD achetés dans une boutique caritative de Londres, choisis dans un carton qui n'était pas encore mis en vente.


Une compilation de Dion avec une très belle pochette, l'un des 33 tours d'un lot inespéré de disques Vogue des années 60 trouvé à la Ressourcerie, pas loin de chez moi.


Jean Dréjac se moque dans les grandes largeurs de la société (des auteurs).

29 décembre 2016

PASCAL COMELADE : Stranger in paradigm


Acquis chez Musique Action à Vandoeuvre le 26 mai 2006
Réf : 0630 -- Édité par Vand'Oeuvre en France en 2006 -- n° 179/1000
Support : 33 tours 25 cm
6 titres

La simultanéité des parutions est apparemment accidentelle, mais l'heure est au bilan pour Pascal Comelade en cette fin d'année 2016, avec la sortie d'un coffret, Rocanrolorama, et d'un livre de Pierre Hild, Pascal Comelade : Une galaxie instrumentale.


Rocanrolorama est sous-titré Le luna-park métaphysique. Deux coffrets de quatre CD avaient déjà été publiés en Espagne, Bar electric en 2006 et La catedral d'escuradents en 2009, mais Rocanrolorama fait encore plus fort. Pour ce "résumé de l'intégrale revisitée", Pascal Comelade a, sur une période de plusieurs années, réécouté l'ensemble de sa foisonnante production depuis 1974. Il a sélectionné 165 titres, parmi lesquels de nombreuses raretés et quelques inédits en studio ou en concert. Quand il l'a jugé nécessaire, certains titres ont été retravaillés, voire au moins en partie réenregistrés.
Le tout est un régal, pour le fan de longue date de Comelade aussi bien que pour celui qui souhaiterait découvrir son parcours. Avec six CD pour moins de quarante euros, ce coffret en édition limitée à 1000 exemplaires est aussi d'un rapport qualité-prix imbattable !
Le livre de Pierre Hild, un beau cadeau de mon ami Philippe C., accompagne parfaitement l'écoute du coffret et complète les propres Écrits monophoniques submergés de Pascal Comelade. Mieux qu'une biographie, c'est un regard complet sur son parcours musical, sur la base d'un traffic d'entretiens entre les deux hommes, dont de nombreux extraits sont donnés en verbatim.
Pascal Comelade a l'habitude de réfléchir sur son propre travail et il le fait généralement d'une façon clairvoyante, sans forfanterie ni pédanterie. Ça donne une lecture réjouissante, avec de nombreux éclairages sur les multiples projets d'un musicien paradoxal. Je crois que c'est l'une des choses qui me fascine et continue de m'étonner chez Pascal Comelade, rocker revendiqué et fin connaisseur des musiques de populaires de Catalogne. Quelqu'un qui explique qu'il préfère enregistrer seul chez lui, mais qui au bout du compte multiplie les collaborations et les projets, avec des peintres, des musiciens, des poètes, qui peuvent l'amener un jour à jouer dans une institution parisienne, un autre dans le foyer laïque ou l'église d'à côté, voire sur une estrade de la Fête de la Musique laissée trop longtemps libre ou dans un musée ou une galerie d'art contemporain.
Il a aussi un sens de la formule très marqué, repéré de longue date dans le choix de ses titres, et qui s'exprime très souvent ici : à propos de El Sordo (Le Sourd), mystérieux vocaliste sur You're never alone with a schizo, un titre de l'album enregistré avec The Limiñanas Traité de guitarres triolectiques (à l'usage des portugaises ensablées), il explique que c'est "un imitateur de The Phantom qui chanterait du braille en yaourt".
A ce propos, un contributeur sur Discogs note que Marche funèbre pour les funérailles d'un grand homme sourd est noté dans le livret du coffret, mais absent sur le disque correspondant. Il n'a pas dû suffisamment tendre l'oreille, sinon il aurait perçu l'hommage à Alphonse Allais ainsi rendu.
Ces deux publications constituent bien sûr une sorte de bilan, mais un bilan provisoire car le feu follet Comelade poursuit ses aventures, avec des concerts dessinés, un projet de disque avec Pau Riba, un album inédit qui devrait contenir Ze Bob Birman Sinfonia, fruit d'une collaboration autour de Bob Dylan avec les birmans de Saing Waing,...
L'une des dernières aventures contées dans le livre est celle de l'inauguration de la rue Jimi Hendrix à Passa, dans les Pyrénées Orientales, en présence de la sœur du musicien. Pascal Comelade a joué pour l'occasion Purple haze avec une fanfare et il précise modestement que, dans ce lotissement dont les rues portent toutes le nom de musiciens, il y a aussi une rue Pascal Comelade, une "petite artère en impasse".
Pour fêter tout ça, j'ai pioché dans mes étagères ce beau 25 cm qui a déjà presque dix ans. C'est aussi une façon de rendre hommage à Dominique Repécaud, qui dirigeait le festival Musique Action à Vandœuvre-lès-Nancy et qui est mort en novembre dernier. Musique Action a démarré en 1984, à la suite du Festival Musiques de Traverses de Reims. Une bonne occasion de proposer une deuxième date pendant le long week-end de l'Ascension aux groupes qui se déplaçaient à Reims. Mais le festival nancéen a largement survécu à son grand frère rémois et s'est développé au fil des années, proposant une programmation à la fois expérimentale et aventureuse, suffisamment variée pour que je m'y rende par deux fois, voir Pascal Comelade, Pere Ubu et aussi Eugene Chadbourne le 26 mai 2006 et Howe Gelb puis Giant Sand les 4 et 5 juin 2011.
C'est le Centre Culturel André Malraux, qui organise le festival, qui a aussi lancé le label Vand'Oeuvre pour le documenter discographiquement. Il n'est pas étonnant que, à l'occasion de sa venue au festival en 2006, Pascal Comelade ait ajouté son nom au catalogue du label : en plus d'avoir longtemps publié ses disques sur un label nancéen, Les Disques du Soleil et de l'Acier, il a enregistré des titres par dizaines au studio du Centre Culturel André Malraux, et s'est sûrement produit plusieurs autres fois au festival, notamment le 7 mai 1992 (on retrouve dans Rocanrolorama une version d'Egyptian reggae enregistrée ce soir-là).
Je suis revenu ce week-end là  de Nancy avec non pas un exemplaire de ce disque, mais trois, puisque les amis Olrik et Dorian Feller m'avaient passé commande avant mon départ.
Stranger in paradigm est un disque très rocanrol, même si ce mini-album n'a rien à voir avec la piste du même titre sur l'album de 2007 Mètode de rocanrol.
I love Joan Jett est le seul des titres qui avait été précédemment édité en France, mais c'était sur un livre-CD à diffusion très limitée, à l'occasion des dix ans du Festival International du Disque et de la Bande Dessinée de Perpignan, en 1999. C'est un medley de tubes de rocanrol (je vous laisse essayer de les reconnaître). Comelade y revient régulièrement, notamment lorsqu'il fait ses grands Rififi avec plein de guitaristes. Une version complétée en 2015 avec The Limiñanas, créditée à La Metropolina del Riff, est sortie en édition limitée.
Le seul original du lot est The blank invasion of schizofonics bikinis, un excellent titre qui figurait sur l'édition espagnole de Psicotic music' hall, mais qui malheureusement faisait partie de ceux qui avaient été écartés de l'édition française. Pascal Comelade y joue de tous les instruments sauf de la batterie, y compris donc une ligne de basse élastique et peut-être synthétique.
Avant ça, on a droit à une version de 2003 de Sheena is a punk rocker des Ramones, différente de celle qu'on trouve sur Rocanrolorama. Comelade y est à l'accordéon, et étonnamment c'est un certain Ben Bolt qui est censé être au piano. Après avoir lu le livre, je pense bien qu'il s'agit là de l'un des multiples pseudo farfelus revêtis par Pascal dans les crédits de ses enregistrements.
Sweet little sixteen de Chuck Berry est ici dans une version enregistrée en concert à Barcelone en 1991. 
Mother of Earth, à l'origine sur l'album Miami de The Gun Club, et Russian roulette, de The Lords of the New Church, sont deux titres que le Bel Canto Orquestra a souvent interprétés en concert. Ils ont d'ailleurs tous les deux été joués lors à Musique Action en 2006.
La version de Mother of Earth qu'on trouve ici est tirée de l'album Espontex sinfonia, édité uniquement en Espagne. Pour Russian roulette, il s'agit d'une version en concert de Pascal Comelade et le Bel Canto Orquestra, au Théâtre Gérard Philipe de Frouard, près de Nancy, le 5 mars 2005, avec pour l'occasion Dominique Répécaud à la guitare électrique.

C'est presque étonnant, mais il reste des exemplaires de cette édition originale limitée de Stranger in paradigm, en vente sur le site du Centre Culturel André Malraux.

23 décembre 2016

OENIX : Ils veulent coucher avec Bip Bip


Acquis chez Dorian Feller à Villedommange le 18 décembre 2016
Réf : 101563 -- Édité par Virgin en France en 1980
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Ils veulent coucher avec Bip Bip -/- Mélodie qui sonne

Lorsque j'ai chroniqué le 45 tours Michael de France Angleterre, qu'on m'avait offert, j'avais écrit que j'étais tout prêt à accueillir en cadeau d'autres 45 tours de groupes rouennais, comme Les Olivensteins ou Oenix.
Pour Les Olivensteins, faut pas trop rêver, mais je suis bien content d'avoir trouvé à prix d'ami ce 45 tours d'Oenix dans les cartons du sieur Dorian Feller. Certes, il s'agit de la deuxième édition "censurée", mais c'est déjà très bien, et l'édition originale doit être beaucoup plus rare.
A l'époque, certains à Rouen jouaient aux petits rigolos, cherchaient un peu la merde et l'ont trouvée. Le parcours des Olivensteins a été largement contrecarré par l'animosité de Claude Olievenstein. Quant à Oenix, ils se sont méchamment attaqués à une gloire nationale et leur Ils veulent coucher avec Sheila a vite fait long feu. Mais le petit scandale leur a sûrement permis de signer chez Virgin et de ressortir le 45 tours avec une pochette retravaillée et un nouveau titre, Ils veulent coucher avec Bip Bip.
Je me souviens très bien d'avoir lu une chronique du 45 tours dans Best ou Rock and Folk à l'époque et j'ai aussi entendu le disque à la radio. Je n'en suis plus certain, mais dans les deux cas je pense qu'il s'agissait de Ils veulent coucher avec Bip Bip plutôt que de Ils veulent coucher avec Sheila. Ça m'avait bien fait rire, mais pas au point d'acheter le disque quand même, à une époque où chaque franc comptait.
Le disque original n'est pas sorti chez Mélodies Massacre, mais il est produit par Lionel Hermani, des Dogs et des Calamités.
Les paroles sont bêtes et méchantes, mais y a pas de quoi tuer un coyote.
Musicalement, on est plus dans le rock-twist rétro à la Au Bonheur des Dames que dans la New Wave. Je n'aurais pas saisi la référence moi-même car je ne connais pas bien la chanson, mais il semble bien que la musique soit dérivée de l'un des premiers tube de Sheila en 1963, Papa t'es plus dans le coup. Avec cette histoire de fille qui est en fait un gars et les chœurs (même si ce ne sont pas des "Bidou-Bidets"), cette chanson peut tout à fait être considérée comme un précurseur de Non ! Non ! Jean-François de Sttellla.
La face B, Mélodie qui sonne, a plus un son pop-rock à la Buzzcocks. Les paroles ont beau être en français,je ne les comprends pas toutes, mais suffisamment pour saisir qu'il y est question de sexe. Elle a valu au groupe un passage sur FR3 Normandie (ci-dessous), où l'on apprend surout qu'Oenix fait "de la New Wave avec de l'humour".
Un peu plus tard en 1980, il y a eu un deuxième 45 tours, Pauvre et moche, également produit par Lionel Hermani et passé complètement inaperçu il me semble.
Le groupe a dû se séparer ensuite. On peut identifier ses quatre membres d'après les crédits : Anne-Marie Monville, Alain Mercier, William Foyé et Richard Alexandre. En 1982, on trouve la trace de deux d'entre eux associés à un autre groupe rouennais, Gogol 1er et La Horde. Anne-marie Monville le manageait et Richard Alexandre était un des musiciens.
Oenix aura laissé une trace anecdotique dans l'histoire du rock français, mais je suis bien content que cette trace ait rejoint mes étagères. Et maintenant, reste le cas des Olivensteins...!



20 décembre 2016

JEAN DRÉJAC : Vous présente un nouveau jeu de société (des auteurs)


Acquis chez Emmaüs à Tours-sur-Marne le 17 décembre 2016
Réf : V 45 P 2030 -- Édité par Véga en France en 1960
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Les poils du nez -- Faut pas gamberger -/- Étire ton zinzin -- Quand on est amoureux

Faute de vide-grenier en cette saison, j'ai fait un tour chez Emmaüs samedi dernier. Coup de chance, la pièce à disques était ouverte. Il y en avait beaucoup, mais très peu de nouveaux depuis ma dernière visite. Je les ai donc passés en revue très vite, mais à un moment je suis revenu en arrière pour observer celui-ci avec plus d'attention car j'avais vu qu'il était question de présenter un jeu et je me suis dit que c'était peut-être un disque publicitaire.
Je connaissais Jean Dréjac de nom mais c'est tout. Je n'aurais pas pu dire qu'il est surtout réputé comme auteur de chansons, dont les paroles de Ah ! Le petit vin blanc, ni qu'il a aussi été interprète, mais avec une discographie limitée.
Quand j'ai vraiment regardé la pochette, j'ai eu un sursaut. Autant le disque de Dréjac d'à côté dans la pile a l'air des plus sérieux (Octobre, avec une peinture d’Édouard Pignon en pochette), autant celui-ci est complètement délirant.
"Un nouveau jeu de société (des auteurs)" ? Il y a clairement un clin d’œil à la SACEM (dont Dréjac a longtemps été vice-président par la suite), mais on n'en saura pas beaucoup plus.
Les "éléments du jeu" sont quand même présentés : un piano, une machine et un magnétophone, clairement les outils de travail de l'auteur-compositeur, plus un tube et une locomotive, une source d'inspiration, le cadre noir de Saumur (!), et, drapant l'artiste, la robe de chambre "Foskifo" !!
Le délire continue au dos. Deux des chansons du Hit Parade sont quand même titrées Les poils du nez et Étire ton zinzin !
Les notes de pochette nous présentent un ouvrage de référence fictif, Le grand Dréjac illustré, avec notamment des définitions pour Tube, Locomotive, Bide,... Je connaissais la définition, différente, de "tube" par Boris Vian. Dréjac n'est peut-être pas aussi percutant, mais il s'est visiblement bien amusé.
Tout cela ressemble au résultat d'une grosse blague potache, au gage issu d'un pari stupide et bien arrosé. Malheureusement, je n'ai aucune idée de ce qui a amené à produire cette pochette. Si quelqu'un connaît l'histoire, les commentaires sont bienvenus.
En achetant le disque, je me disais que le contenu gravé sur les sillons serait sûrement moins fou que la pochette. J'avais malheureusement raison, mais le premier titre, Les poils du nez, est quand même bien barré. Le héros en est un gamin de quatre ans qui a fait une grande découverte : "Avant qu'on ne nous vende l'air au mètre ou au poids, Messieurs je vous le demande, chantez tous avec moi : Pour bien respirer, faut se couper les poils du nez, et vas-y Gégéne, à toi l'oxygène, et vas-y Gégéne, à toi de respirer". Soit dit en passant, de nos jours on ne vend pas encore l'air, mais on a réussi à créer un marché spéculatif des quotas d'émissions de CO2 !
Jacques Courtois et ses marionnettes ont repris cette chanson en 1963:



Les trois autres titres sont bien plus sages. Ils ont tous aussi été interprétés par d'autres que leur auteur, mais dans des versions sérieuses. N'empêche, je note que, sur le tableau du Hit Parade au recto de la pochette, ils sont listés dans cet ordre : "Étire ton zinzin, faut pas gamberger quand on est amoureux". Ça ne doit pas être un hasard, même si je regrette de ne pas réussir à y associer le premier titre.
Faut pas gamberger a été interprétée par Patachou  en 1960 quant à Étire ton zinzin, sur une musique de Michel Legrand, c'est Rosalie Dubois qui l'a interprétée en 1961. Et précisons pour ceux qui ont les idées mal placées que le zinzin en question est un accordéon !
Quand on est amoureux a été interprétée également par Marcel Amont dès 1959. Les paroles originales sont de Jean Dréjac, mais la musique est reprise de Il piccolo montanaro, enregistrée par Renato Carosone. L'instrumentation de Carosone est bien plus intéressante et délirante, dommage que ni Amont ni Dréjac ne l'aient suivi dans cette voie.
En tout cas, voici une découverte étonnante, et j'espère un jour en savoir plus sur l'histoire de ce disque.

Je ne vais pas m'énerver une fois de plus, mais ce 45 tours fait partie des collections publiques de la Bibliothèque Nationale de France. Bibliothèque qui a rémunéré des sociétés privées pour numériser une partie de ses disques. Chouette, sauf que les contrats prévoient une exclusivité de commercialisation des titres numérisés pendant plusieurs années. On peut donc acheter les titres en MP3, les écouter chez Deezer (en se connectant pour avoir les titres en entier), mais pour écouter plus que des extraits sur le site de la BNF, il faudra encore attendre plusieurs années.



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