21 avril 2017

JEAN CONSTANTIN : Tango de l'esquimau


Acquis d'occasion probablement dans la Marne vers le début des années 2000
Réf : EPL 7 617 -- Édité par Vogue en France en 1959
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Che sbadato -- Le tango de l'esquimau -/- Le cha cha de Charley -- Comment voulez-vous ?

Dimanche dernier, à l'invitation de Papy Bam, je me suis rendu à Lille pour participer à son émission Bam Balam sur la radio RCV.
En chemin, j'ai fait quelques étapes suivant la brocacarte du jour et, comme l'âne qui change de pré, j'ai constaté que l'herbe dans les Hauts de France n'était peut-être pas meilleure, mais à tout le moins différente, ce qui m'a permis de faire quelques achats intéressants.
Parmi ceux-ci, j'ai acheté à Cambrai à un brocanteur qui avait quelques disques sur son stand deux 45 tours, My way / Angel of the morning de Nina Simone, que je pensais déjà avoir, mais non, mais qui n'est pas très emballant, et une "pièce", la bande originale du film Les quatre cents coups de François Truffaut :



Le disque et sa pochette sont en bon état. Il y a encore peu, je ne m'y serais guère intéressé, mais j'ai récemment visionné pour la première fois (et apprécié) la série des Antoine Doinel et là, à cinquante centimes, je n'allais pas laissé passer l'occasion.
Cette musique composée et dirigée par Jean Constantin vaut surtout par son thème principal, qu'on retrouve à plusieurs reprises dans diverses orchestrations sur ce disque.
Il est à noter que, dans le chapitre Musique et chansons de l'exposition virtuelle Truffaut par Truffaut de la Cinémathèque française, Truffaut regrette amèrement son choix de compositeur pour ce film : "Pour Les 400 coups, j'ai commis la sottise de faire appel à un compositeur de chansons, Jean Constantin. Tout le monde a dit : « Ah ! la musique des 400 coups est merveilleuse », alors que tous les gens qui s'y connaissent un peu, et surtout les musiciens, étaient indignés, et ils avaient absolument raison. Quand je revois le film, j'entends toutes les fausses notes, tous les contresens. C'est une musique désinvolte et bâclée, qui souvent abîme l'image. Sur le vol de la machine à écrire, il y a une musique de jazz absolument déplacée. D'ailleurs, le jazz est presque toujours inadéquat dans les films, parce qu'il fausse les durées. Privée de ligne mélodique, votre image double de longueur. Je suis convaincu que toute musique improvisée devant l'image est une chose néfaste, à rejeter, sauf si le film est purement décoratif, comme Sait-on jamais de Roger Vadim.".
Truffaut n'est pas tendre, et en profite pour donner au passage un coup de griffe à Vadim. Quoi qu'il en soit, je m'apprêtais à chroniquer ce 45 tours quand je suis tombé sur cet extrait de l'émission Discorama du 5 juin 1959 :



Et là, je suis tombé de ma chaise. Constantin joue au piano l'air des Quatre cents coups, mais c'est une version chantée. Il y a bien une plage intitulée Comment voulez-vous ? sur le 45 tours de la BO, mais elle est instrumentale. Là, c'est une version pleine d'émotions, avec un Constantin qui s'excuse presque de son interprétation ("Je préfère la chantonnner").
Un document précieux. Dommage qu'on n'ait pas dans cet extrait en ligne l'entretien avant et après la chanson, on aurait pu y glaner des informations précieuses.
Je me suis mis aussitôt en quête d'un enregistrement chanté sur disque. J'ai vite vu qu'on trouvait Comment voulez-vous ? par Jean Constantin sur une compilation de Chansons..., sur un 25 cm en public A Bobino, mais il m'a fallu plus d'une demi-journée pour découvrir que j'avais depuis une bonne quinzaine d'années dans mes étagères ce 45 tours de Jean Constantin, son troisième paru chez Vogue, sur lequel on trouve la publication originale de Comment voulez-vous ? !
Je me souvenais pourtant très bien de ce disque, avec sa pochette très réussie où il est transformé en otarie par (j'ai eu du mal à déchiffrer la signature mais j'ai réussi) Georges Bastia, qui s'était spécialisé dans le Zoo des vedettes.
Quand je l'avais acheté, je m'attendais à quelque chose à la Dario Moreno, pas seulement à cause de la ressemblance physique, mais Constantin n'était pas que fantaisiste, il est aussi l'auteur, entre beaucoup d'autres, de Mon manège à moi.
J'avais en tout cas été agréablement surpris à l'écoute de ce disque et je l'ai ressorti plusieurs fois depuis, en hésitant à le chroniquer ici. Simplement, ne connaissant pas le film, et n'ayant pas vu l'extrait de Discorama, j'avais oublié le lien avec Les quatre cents coups.
Jean Constantin présente en quelques mots les chansons au verso de la pochette. Il est clair encore une fois qu'il a interprété Comment voulez-vous ? à regret : "Comment voulez-vous ? est une chanson que je ne devrais pas chanter moi-même mais comme les autres n'en veulent pas non plus, je l'ai donnée à François Truffaut pour son film Les quatre cents coups".
La version en studio de cette valse lente est complète. Elle est très bien, mais je lui préfère la version télévision.
Le vœu de son auteur a finalement été réalisé puisque, avec le succès du film de Truffaut, au moins trois chanteuses ont enregistré Comment voulez-vous ? en 1959, Juliette Gréco, Colette Renard et Paola.
L'autre titre de la face B est la chanson d'un autre film de 1959, La marraine de Charley, une pochade avec Fernand Raynaud. Le cha-cha charleston que Constantin a composé pour l'occasion est au diapason.
Sur la face A, Constantin a adapté en français deux chansons.
Che sbadato a été enregistré à l'origine en 1958 par les italiens I Campioni. Quant au Tango de l'esquimau, également interprété un peu plus tard par Petula Clark, la version originale date de 1955. Elle était interprétée par Alma Cogan sous le titre Never do a tango with an eskimo.

Il existe des rééditions CD pas chères des chansons de Jean Constantin, mais je n'ai trouvé en ligne qu'un seul de ces quatre titres pourtant désormais du domaine public.

17 avril 2017

JIM REID - SISTER VANILLA : Song for a secret


Offert par Phil King par correspondance en avril 2017
Réf : TR6 45004 S & TR6 45004 -- Édité par Transistor en Angleterre en 2005
Support : 45 tours 17 cm & CD 12 cm
Titres : JIM REID : Song for a secret -/- SISTER VANILLA : Can't stop the rock

The Jesus and Mary Chain s'est séparé initialement en 1998. A l'époque de l'enregistrement de l'album Munki et de la tournée qui a suivi, la balance de la relation amour/haine entre les deux frères Jim et William Reid penchait un peu trop du côté obscur.
Le groupe s'est reformé en 2007 pour le festival Coachella. Il a ensuite joué en pointillés dans des festivals pendant plusieurs années, avant de se lancer en 2014-2015 dans une tournée plus longue pour les trente ans de l'album Psychocandy.
Mais, des albums de légende à faire revivre, le groupe n'en a pas tant que ça et il lui fallait bien se résoudre à un moment ou un autre à sortir un nouveau disque s'il souhaitait continuer à exister et à tourner, sauf à se cantonner au circuit de la nostalgie.
De toute façon, le groupe clamait depuis 2007 son intention d'enregistrer un nouvel album mais, comme Jim Reid l'a expliqué dans de nombreuses interviews, dont celle pour The Quietus, l'une des principales raisons de ce délai est qu'il était très nerveux à l'idée de se retrouver pendant des semaines enfermé en studio avec William, tant l'expérience de l'enregistrement de Munki avait été traumatisante.
En 2008, le groupe avait enregistré All thing must pass pour la bande originale de la série Heroes, mais c'est tout.
Et puis, finalement, The Jesus and Mary Chain a sorti il y a quelques semaines son septième album studio, Damage and joy.
Et toutes les chroniques un peu sérieuses ont mentionné le fait que la moitié des quatorze titres de l'album avait déjà été publiée sous une forme ou une autre !
Car les frères Reid ne sont pas restés inactifs après la séparation du groupe. William avait déjà sorti un disque solo et a sorti plusieurs disques avec son projet Lazycame. Jim Reid a fondé le groupe Freeheat, avec Ben Lurie de JAMC, Romi Mori du Gun Club et Nick Sanderson d'Earl Brutus, avant démarrer une carrière solo. Et puis, en 2007, les deux frères ont collaboré, mais peut-être pas simultanément, au projet Sister Vanilla de leur sœur Linda.
J'ai fait le point des sorties d'origine des chansons concernées :
  • Amputation (Dead end kids, Jim Reid, 2006)
  • All Things Pass (All things must pass, The Jesus and Mary Chain, 2008, BO de la série Heroes)
  • Song For A Secret (Jim Reid, 2005)
  • The Two Of Us (Freeheat, 2000 - Sister Vanilla, 2005)
  • Get On Home (Freeheat, 2000)
  • Facing Up To The Facts (Freeheat, 2000)
  • Black And Blues (Jim Reid, 2011)
  • Can't Stop The Rock (Sister Vanilla, 2005)
On voit que c'est surtout Jim qui a "recyclé" ses chansons pour ce nouvel album. Il l'explique par le fait que ces bonnes chansons ont été produites souvent avec peu de moyens, qu'elles ont été mal diffusées et aussi qu'elles bénéficient de l'alchimie particulière, des étincelles, qui se produisent quand William et lui travaillent ensemble.
Et effectivement, sachant que seule une très faible minorité de leurs fans connaissaient la version originale de ces chansons, je ne vois pas pourquoi on leur reprocherait de les avoir retravaillées et republiées, d'avoir en quelque sorte distillé sur cet album le meilleur de leurs créations de ces quinze-vingt dernières années.
Mais quand même, cette information m'a intrigué, et j'ai eu envie de remonter à la source de Damage and joy. Pas si simple cependant. Les deux singles solo de Jim, par exemple, ont eu une sortie vraiment confidentielle, et actuellement un seul exemplaire d'un seul des deux est en vente sur Discogs, beaucoup trop cher.
Alors j'ai pris un raccourci et j'ai contacté l'ami Phil King, qui joue sur ces deux disques. Comme il lui en restait des exemplaires, il m'a gentiment offert les deux disques, et j'ai choisi le premier, partagé avec Sister Vanilla, car on y trouve deux des chansons retravaillées sur Damage and joy.
Phil joue de la basse et de la guitare sur Song for a secret, une excellente chanson de Jim, avec un premier vers bien dans son style ("Too old to crucify but too young for suicide"). L'intro cite volontairement For what it's worth de Buffalo Springfield et un peu plus tard le glockenspiel crée une ambiance à la Sunday morning. Comme plusieurs titres de JAMC (Just like honey, Sometimes always), la chanson bénéficie grandement d'une intervention vocale féminine, ici celle sur un couplet de Julie Barber, l'épouse de Jim.
Dans la version de Jesus and Mary Chain, c'est Isobel Campbell qui reprend la partie de Julie Barber, et je trouve que c'est un peu moins réussi. La production est un peu plus électrique côté guitare mais, sans être mauvaise, cette nouvelle version n'est assurément pas meilleure que la première. 
Can't stop the rock, en face B de ce single, est le tout premier titre édité par Sister Vanilla. Il a ensuite été repris tel quel sur Little pop rock et c'est l'une des réussites de cet album.
La chanson est co-écrite par William et Linda et elle est soutenue au chant par l'un de ses frères, mais je ne saurais dire lequel.
Là encore, il y a plus de guitare sur la version de Jesus and Mary Chain, mais pour le coup les chanteurs sont les mêmes et les deux versions sont très proches l'une de l'autre.
Je vous laisse si vous le souhaitez aller plus loin dans la fouille archéologique de Damage and joy, et apprécier l'album lui-même. Par contre, pour voir le groupe interpréter ces "nouvelles" chansons sur scène à Paris il faudra patienter si vous n'avez pas déjà votre billet, car le concert du 27 avril à l'Elysée-Montmartre est d'ores et déjà annoncé comme complet.



11 avril 2017

PROUVE-LE MOI (DÉSORDRE MUSICAL)


Mis en ligne par Pol Dodu le 10 avril 2017
Réf : [sans] -- Diffusé par Mixcloud
Support : MP3
22 titres

J'ai démarré mon site Vivonzeureux! il y a plus de vingt ans maintenant. J'ai arrêté mon émission sur Radio Primitive il y a près de dix-neuf ans. Mais la musique m'intéresse toujours autant et l'envie de partager cette passion est toujours présente. Je le fais par écrit, avec ce blog et mes livres, mais la musique c'est bien de la faire écouter !
Au fil du temps, j'ai tenté diverses expériences, comme un abonnement à Live 365, ou le Radio Blog qu'on trouve encore en bas de la colonne de droite de ce site, mais qui n'est plus alimenté depuis longtemps. Mais à chaque fois que j'écoute une de mes compilations maison, comme j'en fais régulièrement depuis les années 1980 au moins, sur cassette pendant longtemps puis sur CD-R, je me dis que c'est dommage de ne pas partager au-delà de Philippe R. et ponctuellement d'une poignée d'amis ou de membres de la famille ces sélections. Elles distillent mes écoutes de musique sur plusieurs semaines (il fut un temps où je faisais une compilation par mois, aujourd'hui on est plutôt sur un rythme de quatre à cinq par ans) et sont l'écho de mes acquisitions (et donc les disques chroniqués ici), des disques qu'on me prête, de ceux que j'emprunte à la Médiathèque et des découvertes que je peux faire en ligne. Je trouve ça dommage qu'on ne soit pas plus nombreux à rigoler de mes conneries, à apprécier un enchaînement acrobatique mais réussi, à se délecter d'un éclectisme qui ne connaît comme limites que les bonnes vibrations que les enregistrements me procurent.
Alors, pour tenter de répondre à cette préoccupation, j'ai décidé de tenter l'expérience de mettre en ligne mes compilations, sur Mixcloud, pour que les plus curieux d'entre vous puissent y jeter une oreille. J'ai décidé du coup de les appeler Désordre musical, parce que c'est un peu à ça que ça ressemble, et c'est un hommage à la chanson de Nemours Jean-Baptiste que je connais surtout dans la version des Maxel's.
Celle que je viens de mettre en ligne, Prouve-le moi, toute récente, est assez typique du genre. On y retrouve des titres récents de petits jeunes dont je suis l'actualité (Dick Annegarn, Albert Marcoeur, Leonard Cohen), des gens chroniqués ici (Moutain Man, Papas Fritas, la Fanfare des Saints-Pères des Beaux-Arts, Senior Model), trois extraits de la triple compilation Bobo Yéyé empruntée à la Médiathèque, des valeurs sûres (Gainsbourg, The Wedding Present, The Beach Boys), trois enregistrements de Pascal Comelade (une reprise des Ramones, un titre de son album avec Pau Riba et la version en concert en juin 1982 de Part time punks par The Fall of Saigon, probablement l'une des toutes premières reprises jamais faites de Television Personalities), et évidemment aussi un titre des Television Personalities eux-mêmes. Pas étonnant, puisque ces derniers temps je me suis plongé très profondément dans la musique de ce groupe pour boucler mon Journal d'un fan de chambre.
Profitez-bien. Prochaine compilation dans quelques semaines. Entre-temps, il est possible que j'en mette quelques anciennes en ligne.



1 Le bikini - The Wedding Present

2 Twist ensemble - Dick Annegarn

3 Bi kameleou - Volta Jazz

4 Sweet lesbian - Senior Model

5 On dirait - Donna Regina

6 Pas long feu - Serge Gainsbourg

7 On y va - Pau Riba y Pascal Comelade

8 Ahsante - John Ondolo

9 Babylon - Mountain Man

10 Be still - The Beach Boys

11 Sheena is a punk rocker - Pascal Comelade

12 Fuck it, I love you - Malcolm Middleton

13 Preposterous tales - I, Ludicrous

14 Part time punks - The Fall of Saigon

15 Way you walk - Papas Fritas

16 Over the ocean (Tranquility Bass remix) - Low

17 People think that we're strange - Television Personalities

18 Leaving the table - Leonard Cohen

19 Si tu m'aimes - Coulibaly Tidiane & Dafra Star

20 Non pas ce soir (No milk today) - Fanfare des Saints-Pères des Beaux-Arts

21 La fanfare des Laumes - Albert Marcoeur et le Quatuor Béla

22 Milaoba - Les Imbattables Léopards

08 avril 2017

TELEVISION PERSONALITIES : How I learned to love the bomb


Acquis en solde chez Vitamine C à Reims vers 1986
Réf : DREAM 004 -- Édité par Dreamworld en Angleterre en 1986
Support : 45 tours 30 cm
Titres : How I learned to love the bomb -/- Now you're just being ridiculous -- Then God snaps his fingers

Ce maxi 45 tours est le premier disque sorti par Television Personalities après mon retour d'Angleterre à l'été 1984. Il est arrivé début 1986, soit près de deux ans après l'album The painted word. Entre-temps, au printemps 1984, le groupe avait perdu deux de ses membres, Joe Foster et Dave Musker, et s'était stabilisé sous la forme d'un trio avec Dan Treacy, Jowe Head à la basse et Jeffrey Bloom à la batterie.
Il faudra encore attendre jusque fin 1989 pour voir arriver Privilege, le premier album enregistré par ce trio. Dans l'intervalle, il y a eu quelques projets non aboutis, et Dan s'est pas mal concentré sur les labels Whamm! puis Dreamworld.
A 49 francs le maxi, chez Vitamine C autant que je me souvienne, je ne me suis pas précipité sur ce disque à sa sortie. Mais quelques mois plus tard, quand l'étiquette a été rayée au feutre rouge et que le prix a baissé, j'ai été bien content de m'offrir ces trois nouvelles chansons d'un groupe que je suivais de près depuis 1981, comme je le raconte dans Journal d'un fan de chambre, mon livre publié il y a quelques semaines, disponible gratuitement en téléchargement.
How I learned to love the bomb est un titre énorme. Déjà, il fait plus de cinq minutes, mais surtout il y a un son lourd auquel le groupe ne nous avait pas habitués, et une sorte de groove menaçant qui en fait l'équivalent dans la discographie de Television Personalities de Sidewalking dans celle de The Jesus and Mary Chain. Le titre s'ouvre avec de la batterie bien lourde, quelques notes graves du piano, une basse énorme. Il y a relativement peu de guitare dans l'enregistrement, et Dan est soutenu au chant par Jowe et des choristes.
Dan Treacy a toujours multiplié les références culturelles dans ses chansons, notamment à ses films préférés. Là, le titre de la chanson fait clairement référence à Docteur Folamour, le film de Stanley Kubrick de 1964 dont le titre complet est Docteur Folamour ou comment j'ai appris à ne plus m'en faire et à aimer la bombe (soit pour le titre original, Dr Strangelove or: How I learned to stop worrying and love the bomb).
Dans cette chanson, comme dans le 45 tours précédent A sense of belonging, Dan mentionne les manifestations du CND (la Campagne pour le Désarmement Nucléaire) auxquelles il a visiblement participé, à une époque de regain de tension de la guerre froide autour de la question de l'installation de missiles de croisière nucléaires en Europe.
Les paroles abordent cette question, de manière plutôt légère, et comme il y est question de Russes plutôt que de Soviets, on peut leur trouver un écho très fort dans l'actualité toute chaude, si on substitue les missiles Tomahawk aux Polaris.
C'est fini pour moi les nuits d'insomnie
Tout est plus facile maintenant
Car j'ai compris parfaitement mon erreur
Je restais éveillé en pleine nuit
A m'inquiéter à propos des Russes
Mais les Russes sont nos amis
Car nous nous aimons d'un amour sans fin

Car maintenant j'ai appris à aimer la bombe
Maintenant j'ai appris à aimer la bombe

(...)

Ne sois pas si stupide (Non non non)
Tu devrais aimer la bombe comme tu aimes ta maman

Et si tu veux vivre dans un monde paisible
Il n'y a qu'une chose à faire
Choisir les missiles de croisière

Car maintenant j'ai appris à aimer la bombe
Maintenant j'ai appris à aimer la bombe

Ne sois pas si stupide (Non non non)
Vous me prenez vraiment pour un con ?
Si on fait des bombes c'est qu'on veut la guerre

Ne sois pas si stupide
Car maintenant j'ai appris à aimer la bombe
Il y a deux chansons en face B de ce maxi. Now you're just being ridiculous est l'une des nombreuses très bonnes chansons d'amour de Dan. Comme How I learned to love the bomb, elle aurait mérité de trouver sa place sur l'un des albums du groupe. Then God snaps his fingers me plaît un peu moins. Le premier couplet fait référence à la mort de Joe Orton.
Bizarrement, à l'automne 1986, un autre disque est paru avec à nouveau How I learned to love the bomb en titre principal. Peut-être pour prolonger l'intérêt pour cette chanson après que le groupe ait tourné une vidéo bien délirante, l'un des rares films du groupe disponibles.
On trouve des images de la vidéo sur la pochette de ce disque 17 cm, qui est plein à ras, au point qu'il doit s'écouter en 33 tours. La version de How I learned to love the bomb est différente, plus longue (huit minutes !), avec de l'orgue et une trompette asthmatique. Elle n'est pas moins bonne, mais pas meilleure que l'autre. J'ai tendance quand même à préférer la première, que j'ai connue d'abord.
Il y a deux autres faces B inédites sur ce disque, dont l'excellent She was only a grocer's daughter, en référence à Margaret Thatcher.

La version maxi et les quatre faces B ont été incluses en 1995 sur la compilation Yes Darling, but is it Art ?. La deuxième version et les quatres faces B avaient été brièvement rééditées sur un maxi CD en 1992. On peut actuellement télécharger les six titres chez Forgotten Songs.



02 avril 2017

PETE TOWNSHEND : Let my love open the door


Acquis d'occasion en Angleterre probablement dans les années 2000
Réf : K11486 -- Édité par Atco en Angleterre en 1980
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Let my love open the door -/- Classified -- Greyhound girl

The Who ne sont encore jamais apparus ici. Sûrement parce que mon histoire avec eux est partie d'un mauvais pied et la trajectoire n'a jamais été corrigée.
Avec mon frère, on avait dû voir des extraits du film Tommy à la télé, ou juste la pochette du double album de la BO de notre cousine. On avait flashé sur ce roi du flipper plein de paillettes sur des chaussures à plate-forme (Elton John). Quelques temps plus tard, on s'est payé à Carrefour un double album, Sell out, avec une pochette verdâtre mais c'était "2 disques pour le prix d'un", soit quelque chose comme 33 francs. Je découvre aujourd'hui que l'album original Sell out est un simple et que le nôtre lui ajoutait en fait l'album précédent A quick one. Pas grave, car de toute façon je n'avais pas accroché à ce disque, à part Mary Anne with the shaky hand je crois.
Par la suite, soit le disque a intégré la collection de mon frère, soit on l'a échangé ou vendu, et je n'ai jamais acheté d'album des Who, même si j'ai fini par récupéré deux versions de Tommy, l'originale et celle du London Symphony Orchestra.
Dans  mes boites, j'ai quand même quelques singles de The Who, un de John Entwhistle sous le nom de Rigor Mortis, et ce 45 tours solo de Pete Townshend extrait de son album de 1980 Empty glass.
Ce disque est le premier qu'il a sorti après la mort de Keith Moon, et il a précédé d'un an l'album des Who Face dances.
Pete Townshend a traité Let my love open the door de "chansonnette". Ce n'est pas une insulte et c'est plutôt juste. Ça implique bien en tout cas qu'elle n'a pas grand chose de rock, surtout une mélodie accrocheuse, des chœurs et une tonalité synthétique qui n'a pas trop mal vieilli, qui rappelle l'intro de Won't get fooled again et surtout You better you bet de Face dances. Bref, Townshend dans ses phases plus proches de Queen que du rock rageur de ses débuts.
En tout cas, lors de sa sortie, cette chansonnette a valu à Townshend un beau succès aux Etats-Unis. Et M. Ward, qui sait y faire dans le genre, a enregistré en 2005 pour la compilation Sweetheart de Starbucks une version ralentie de cette chanson.



On a droit à deux titres en face B, deux "vieilles" démos, mais malheureusement aucune des deux n'est très bonne. Classified, surtout accompagnée au piano, date de 1970. Greyhound girl doit dater à peu près de la même époque puisque cette chanson a été écrite pour le projet d'opéra rock de science-fiction Lifehouse. Elle a été incluse en 2000 dans le coffret Lifehouse chronicles.

Si j'ai ressorti des oubliettes ce 45 tours témoin de la vie de Pete Townshend en-dehors des Who, c'est avant tout pour avoir l'occasion de vous présenter l'emballant roman de mon ami d’Épernay Christophe Sainzelle, qui s'intitule justement La double vie de Pete Townshend. Il faut dire que ce livre avait tout pour me plaire puisque la musique y tient une place essentielle, et il se passe près de chez moi. L'action débute en 1980, justement l'année de la sortie de Let my love open the door.



Le héros du roman n'est pas le chanteur des Who, mais David Barrette, un gamin de Château-Thierry dont la vie bascule après qu'un copain lui a fait écouter une compilation prise dans la discothèque de son beau-frère, The story of The Who. Ça le marque d'autant plus que, quand il réussit à écouter le disque clandestinement chez lui, il a la révélation qu'il est le fils naturel de Pete Townshend, conçu une nuit de la tournée de 1966 des Who, quand Keith Moon avait insisté pour faire étape dans la ville où se situait Le Comptoir du Gros, le plus grand dépot de farces et attrapes de France.On suit alors les démêlées de David avec sa famille, ses copains et ses copines pour vivre sa passion pour les Who et surtout pour retrouver son "vrai" père Pete Townshend. C'est palpitant, mais attention à ne pas dépasser la dose prescrite de Temesta !



Tout plein d'infos sur le livre à découvrir sur le site de Christophe Sainzelle. On peut aussi lire les premières pages du roman ici.

25 mars 2017

DISCO MEETS OLDIES


Acquis dans un dépôt-vente de la Marne vers la fin des années 1990
Réf : 200 854 -- Édité par Ariola en Allemagne en 1979
Support : 33 tours 30 cm
12 titres

Ben voilà. A force de parler de The Creation et de Television Personalities, j'ai ressorti cette compilation disco allemande de mes étagères. Vous y avez échappé plusieurs fois ces onze dernières années, quand j'ai hésité à la chroniquer, mais j'allais bien finir par craquer...
Je n'avais pas démarré ce blog quand j'ai acheté ce disque, 10 francs neuf dans un dépôt-vente il me semble, mais c'est bien pour son côté kitsch que je l'ai pris, avec sa photo de pochette complètement années 1970 et sa sélection de reprises à la sauce disco.
Quand on lit le titre Disco meets oldies, il faut comprendre Disco meets sixties, car c'est uniquement dans la décennie précédente que les producteurs de ces titres ont pioché pour trouver de la matière pour ces versions disco datant pour la plupart de 1978. Il faut dire qu'il y a de la matière dans les sixties question bonnes chansons immortelles résistant à tous les traitements, et les punks ne s'y sont pas trompés, qui en ont beaucoup repris aussi, comme toutes les générations dans tous les styles musicaux depuis.
Comme de bien entendu, l'album s'ouvre avec les deux plus gros tubes du lot. Painter man, la reprise par Boney M du titre de The Creation, donc, également interprété en 1982 par Television Personalities. On trouve cet enregistrement sur le troisième album du groupe, Nightflight to Venus et en face B du 45 tours Rasputin dans certains pays. En Angleterre, ce titre a été édité en face A de 45 tours et a atteint la dixième place des ventes. Pas aussi bien que Rasputin (n° 2), mais à n'en pas douter cette reprise a dû rapporter plus à Eddie Phillips et Kenny Pickett que leur version originale.
C'est sûrement le cas également pour le second titre, Knock on wood par Amii Stewart. La chanson d'Eddie Floyd de 1966 a souvent été reprise, par Otis Redding et Carla Thomas ou David Bowie, notamment, mais c'est cette version qui a eu le plus de succès. C'est bien sûr celle qui m'a fait découvrir cette chanson quand je l'écoutais à la radio en 1978. Sur son premier album, Amii s'attaquait également à Light my fire, et ce fut aussi un tube.
On se rend compte à cette occasion qu'après Kraftwerk et bien avant les groupes New Wave ou plus tard New Order, les producteurs disco faisaient un sacré bon usage des séquenceurs.
Après cette première salve parfaite, il y a à boire et à manger dans le reste du disque. Tout dépend du degré d'amour qu'on a pour la chanson originale ou du traitement qui lui est infligé.
Quelques noms connus émergent dans le lot, quand même, à commencer par Trini Lopez, un peu égaré ici car lui est une vraie star des années soixante, mais il est présent car, comme tout le monde à l'époque, il s'est plus ou moins mis au disco, mais avec une reprise d'un titre sixties qui n'est pas de lui, Elenore des Turtles, sorti en France en face B d'une version de son plus grand succès If I had a hammer (je le sais, j'ai ce disque !).
Sinon, vous ne le saviez peut-être pas, mais l'assemblage disco-rock a existé, bien avant I was made for lovin' you de Kiss (attention, j'ai le maxi en vinyl rouge !). La preuve ici avec les bien-nommés sud-africains Disco Rock Machine, qui s'attaquent à You really got me des Kinks, avec John Ireland qui s'en prend lui à Sunshine of your love de Cream, et avec Rockets, groupe français de space rock, plus connu, qui fait On the road again de Canned Heat. Comme Daft Punk, ils adoraient le Vocoder mais, plutôt que d'un casque intégral, ils se couvraient le visage de peinture grise pailletée.
Bon, vous voyez rien que du bon. Pour un peu, je passerais tous les titres en revue un par un. Mais je vais me contenter d'en mentionner seulement deux autres. Suspicious minds par Judy Cheeks, la preuve éternelle qu'il est impossible d'enregistrer une mauvaise version de cette chanson d'Elvis Presley, et Wooly bully par Hit & Run. Non pas que cette version soit exceptionnelle, mais parce que dans ce groupe anglais de reprises disco, on trouve le guitariste Paul Fox et le batteur Dave Ruffy, par ailleurs membre de The Ruts ! Comme quoi, je peux peut-*être espérer tomber un jour sur une compilation Disco meets Punk !


Boney M, Painter Man, en concert à Dublin en 1978, avec Sly Stone à la guitare.


Knock on wood par une Amii Stewart renversante dans le Sacha Distel Show, probablement en 1979.


Judy Cheeks ne manque pas de culot mais est prise au piège avec son interprétation de Suspicious minds dans une émission de télévision espagnole.


Rockets On the road again à la recherche du Vocoder perdu.


Gilla fait preuve de souplesse pour interpréter Bend me, shape me.

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