14 janvier 2018

ENSEMBLE DE DANSE ET ORCHESTRE EMY DE PRADINES : Vaudou - Musique de Haïti


Acquis à Ay le 9 mai 2014
Réf : CR 300 -- Edité par Concerteum en France en 1956
Support : 33 tours 30 cm
10 titres

Haïti a été dans l'actualité cette semaine parce qu'une sous-merde puissante l'a traité, ainsi que d'autres, de "pays de merde". Il n'y a pourtant pas à étudier longtemps la question pour savoir que, de tous temps, si les gens quittent en masse une région pour se réfugier ailleurs c'est tout simplement parce qu'ils sont dans la merde. Et la seule chose à faire c'est de les accueillir et leur porter secours.
Si je me suis replongé dans la musique d'Haïti cette semaine, c'est pour une autre triste raison : j'ai appris par un message diffusé par Stéphane Deschamps la mort à 99 ans le 4 janvier d'Émerante de Pradines Morse.
Et là, j'ai très vite eu des regrets. En effet, j'ai ce disque d'elle depuis 2014, et j'ai failli le chroniquer au moins deux fois. La première, quand je l'ai acheté, mais j'ai fait alors le choix de me pencher sur le 25 cm de Sir Lancelot, acquis le même jour, qui a la même illustration de pochette. Et l'année suivante, encore, j'ai acheté et chroniqué le disque de Martha Jean Claude, qui a deux chansons en commun avec celui-ci. Je l'ai alors ressorti et réécouté, mais pas chroniqué, notamment pour ne pas faire trop doublon avec le Martha Jean Claude.
Pas un instant je n'ai pensé à me renseigner sur Emy de Pradines et à vérifier si elle était vivante. Avec un disque enregistré en 1953, j'ai dû penser que la probabilité était qu'elle était décédée depuis longtemps. Grave erreur, car elle était vivante, et bien vivante, comme le montre par exemple le documentaire ci-dessous. Et je m'en veux car, à tout prendre, je préfère chroniquer des disques de mes contemporains plutôt que de m'en servir comme des notices nécrologiques !
"Emy de Pradines est la fille d'un compositeur et poète haïtien très populaire qui écrivit des vers et de la musique sous le nom de Candiau. Bien qu'elle ait chanté et dansé depuis l'âge de trois ans, elle ne sait pas lire les notes. Ce qu'elle chante, elle l'a appris par tradition. Elle connaît admirablement son île natale, dont elle a visité les endroits les moins explorés."
C'est la présentation qu'on peut lire au dos de la pochette de ce disque. 
Le nom de son père était Auguste de Pradines. Son nom d'artiste s'écrit aussi Ti Candio ou Kandjo. Au-delà de ce disque, Emerante de Pradines, qui a épousé un historien américain, Richard McGee Morse, a eu un parcours artistique des plus variés, résumé dans le titre d'une brochure biographique qui lui a été dédiée en 2016 par Florienne Saintil, Emerantes de Pradines Morse : Chantѐz, dansѐz, aktris. Elle a aussi fondé avec son mari l'Institut haïtien de l'Amérique Latine et des Caraïbes, dont le but est l'étude de la culture et des institutions de la Caraïbe.
La lignée se poursuit, puisque son fils Richard Auguste Morse a fondé en 1990 avec son épouse Lunise le groupe de "vaudou rock" RAM.
Cet album a initialement été publié aux États-Unis en 1953. En-dehors des enregistrements collectés lors de cérémonies, je crois que la particularité de ce disque est d'être l'un des premiers enregistrements en studio de musiques et chants vaudou.
Voici la présentation qui en est donnée dans les notes de pochette :
"L'histoire des airs et danses enregistrés sur le présent disque commence en décembre 1492, lorsque Christophe Colomb fonda une petite colonie dans l'île de Haïti, au sud-est de Cuba. Haïti comptait alors quelque 400.000 habitants, en majorité des indiens Arowak. Cinquante ans plus tard, le régime d'exploitation espagnol avait réduit les indiens à 200; il fallut repeupler la colonie et, pour ce faire, on fit venir des Noirs africains. On en fit venir de partout, du Congo comme du Dahomey, d'Ibo comme de Nago, de Mandingue comme de Rada. Bientôt, la population noire dépassa des Blancs et ce qui restait des Peaux-Rouges. Les diverses cultures se confondirent. La civilisation haïtienne d'aujourd'hui est à prédominance africaine, mais fortement influencée par les Français. Ces mêmes caractéristiques se retrouvent dans les danses et la musique de l'île. Il est bon de rappeler à cette occasion que c'est le français qu'on parle à Haïti."
On trouve sur ce disque la première version sur disque de Choucoune enregistrée par un chanteur haïtien, avant la version de Martha Jean Claude, donc. Les paroles, adaptées d'un poème d'Oswald Durant, sont très belles (poème en français). La version qui en est donnée ici est très émouvante.
C'est l'un des sommets du disque, mais les grands moments sont nombreux, à commencer par Erzulie, une version d'Erzulie nennen o, une chanson composée par son père. Conformément au souhait de son père, Emy n'a commencé à chanter Erzulie qu'après le décès de celui-ci. La première partie de la chanson est calme, puis le rythme s'emballe. Pas étonnant, puisque la chanteuse a été possédée par la déesse Erzulie, comme expliqué en note : "Erzulie est la déesse de l'amour spirituel. Elle est bonne et ne fait de mal à personne. La chanteuse invoque la déesse jusqu'à ce que celle-ci entre en elle et la possède. Alors, vêtue de ses plus beaux habits, parée de tous ses bijoux et parfumée, la "possédée" essaie d'imiter Erzulie".
Beaucoup plus calme, il y a en ouverture de la face B, la berceuse Dodo titi maman. C'est Emerante de Pradines elle-même qui l'accompagne à la guitare, comme elle le fait sur tout le disque. Parmi les autres titres, j'aime beaucoup aussi Negress Quartier-Morin, I man man man et Panamam tombé.
Je n'ai pas trouvé en ligne d'extraits de cet album. Choucoune a été inclus par le label Frémeaux sur la compilation Haiti - Meringue & Kompa 1952-1962. Sur le même label, cinq autres titres de l'album sont sur Haiti Vodou, folk trance possession - Ritual music from the first black Republic 1937-1962. Espérons que, parmi les manifestations qui étaient d'ores et déjà prévues pour marquer le centenaire de la naissance d'Emerante de Pradines en septembre 2018 pourra se glisser la réédition complète de ses deux albums parus en 1953, le deuxième étant Original meringues.

Cet album a été réédité en France dans les années 1950 par Lafayette Records, sous le titre Magie des Caraïbes et attribué à Moune de Saint-Domingue et son Ensemble.



13 janvier 2018

BIFF BANG POW ! : Love's going out of fashion


Offert par Alan McGee sûrement par correspondance en 1986
Réf : CRE 024 T -- Édité par Creation en Angleterre en 1986
Support : 45 tours 30 cm
Titres : Love's going out of fashion -- Inside the mushroom -/- It happens all the time -- In the afternoon

Mes aventures discographiques avec mes amis de Biff, Bang, Pow ! sont encore plus variées que je le pensais.
Il y a le premier album Pass the paintbrush, honey qui m'est dédié. Il y a le deuxième album The girl who runs the beat hotel, sur lequel on entend ma voix. Il y a le 45 tours Someone stole my wheels, qui m'est crédité (sans que j'ai participé à son enregistrement) et le 45 tours suivant, un instrumental dont le titre, The whole world's turning Brouchard, mentionne mon nom.
C'est déjà beaucoup, et plus que je n'aurais jamais rêvé. Mais l'autre jour, en fouinant sur Discogs, j'ai redécouvert que, avec le maxi 45 tours Love's going out of fashion (et seulement le maxi, pas le 45 tours), j'avais aussi eu l'insigne honneur d'être mentionné dans le message gravé à même le vinyl, entre la fin du sillon et la rondelle. Sur la face A, on peut ainsi lire "JC Brouchard A Hauw Hauw Hauw". La bonne blague !
C'est aussi le premier disque sur lequel le Non Stop Movement de BBP! est domicilié chez moi à Reims. Ça m'a valu au fil des années des échanges et des amitiés avec des fans du monde entier.
Ce message s'explique en partie par le fait que j'étais présent en studio pendant l'enregistrement de ce disque, en tout cas pendant deux jours, les 10 et 11 novembre 1985. Et je ne pense pas qu'il y en ait eu d'autres pour cette session. Le message sur la face B, "Just Give Me 3.500 And That Will Pay For Everything", pourrait très bien faire référence au budget total de ce disque, ou même de plusieurs de Creation à cette époque !
Le studio Alaska, qui a fermé tout récemment, était utilisé par Creation notamment parce que c'était l'un des moins chers de Londres.
Après avoir sorti toute une série de disques uniquement en 45 tours, Creation s'est mis à sortir des maxis parce que, avec un titre en plus et une pochette couleurs, ces disques se vendaient avec une bien meilleure marge. Parmi les premiers sortis par le label (Million tears, Up the hill and down the slope, Cold heart, Crystal crescent), celui-ci fait partie des classiques, et c'est aussi celui de Biff, Bang, Pow ! qui a eu le plus de succès (9 semaines dans les classements des ventes des Indépendants à partir d'avril 1986, avec un sommet à la 6ème place), parce qu'il est excellent, et sûrement aussi parce qu'à cette époque la réputation d'Alan comme patron de label n'interférait pas encore trop avec celle de son groupe.
La photo de pochette, à la Factory, plein cadre sans aucune mention d'artiste ni de titre au recto, tranche avec le style habituel des pochettes du label.
La photo d'Yvonne, alors l'épouse d'Alan, a dû être prise par Luke Hayes, de Chromatone Design et de Revolving Paint Dream. Sur la pochette du 45 tours, c'est une autre photo, en monochrome, et on voit que c'est un livre d'art qu'Yvonne compulse. La tulipe fanée fait peut-être référence à l'amour qui passe de mode du titre principal.



La session de novembre 1985 était prévue pour un album, 16 velvet Fridays, qui n'a jamais vu le jour. Tous les titres ont fini par être publiés, il me semble, à une seule exception, et ce n'est sûrement pas un hasard, I need optimism, une chanson pour laquelle Yvonne, une de ses copines et moi-même avions enregistré des chœurs, largement entrecoupés de fou-rires. 
Sur ce disque, je pense que les musiciens présents sont Alan, Dick Green, Dave Evans, Ken Popple, ainsi que Joe Foster à l'harmonica et à la guitare. Je n'ai pas le souvenir qu'Andrew Innes et Christine Wanless aient participé à cette session, même si j'ai l'impression que j'entends la voix d'Andrew dans les chœurs.
Dans ma chronique de The girl who runs the beat hotel, j'avais essayé de faire le point des titres enregistrés lors de cette session. Love's going out of fashion était sans conteste l'un des meilleurs du lot. Il s'est retrouvé en face A de ce single, puis plus tard sur l'album.
Je m'attendais à ce que la production cheap ait mal vieilli, mais ce n'est pas le cas. Au contraire, je me rends mieux compte aujourd'hui que l'instrumentation sur cette chanson est plus travaillée que sur les autres chansons du groupe, avec les guitare (dont une 12 cordes, je pense) qui se mêlent et qui se répondent avec l'harmonica de Joe. Surtout, il y a une dynamique très forte et très particulière dans le rythme de cette chanson, entre le chant d'Alan et la musique. Les paroles sont très bien, et assez originales pour une chanson d'amour, de "It's just emotion, is it love or simply just affection ?" à "Is it over or are we just testing each other now ?". Malgré tout ce qui a suivi, ça reste l'une des meilleures chansons publiées par le label.
Inside the mushroom, sans surprise vu le titre, est un titre psychédélique, qui pour le groupe s'inscrit dans une lignée qui comprend A day out with Jeremy Chester et Five minutes in the life of Greenwood Goulding.
Les deux titres de la face B ont des historiques un peu compliqués. Pour It happens all the time, il s'agit de la premère version, de novembre 1985 donc, chantée par Alan. C'est une très belle chanson sur un tempo moyen. Je n'en ai trouvé en ligne qu'une version trafiquée et ralentie. La version de septembre 1986 est chantée par Christine et est parue en 1988 en face B du maxi She paints. Elle a aussi été retravaillée pour le très velvetien Elektra's crying loaded in the basement sur le Mother watch me burn de Revolving Paint Dream.
Il existe aussi trois versions publiées de In the afternoon. Celle-ci, chantée par Alan, est très psychédélique aussi, avec une batterie qui m'évoque un peu Joy Division. Avant ça, il y avait eu la version chantée par Christine,, en face B du Flowers in the sky de Revolving Paint Dream dès 1983. Et aussi, courant 1984, une version chantée par Alan mais créditée à Revolving Paint Dream, en ouverture de la compilation Whaam! All for art and art for all !.
Je n'ai pas tous les jours l'occasion de réécouter les disques de Biff, Bang, Pow ! mais, après plus de trente ans je continue de les apprécier, et je comprends pourquoi j'ai été attiré par tous ces groupes découverts lors des concerts à au Living Room club.

06 janvier 2018

THE GO-BETWEENS : 16 Lovers Lane acoustic démos


Acquis avec le n° 58 des Inrockuptibles par correspondance en mai 1996
Réf : PREMIUM 2 -- Édité par Labels/Les Inrockuptibles en France en 1996 -- CD gratuit offert avec le n° 58 des Inrockuptibles. Ne peut être vendu séparément.
Support : CD 12 cm
11 titres

Les Inrockuptibles ont commencé à diffuser des disques à leurs abonnés il y a trente ans, en 1988. Je n'ai eu l'occasion jusque ici de n'en chroniquer que trois, Doing it for the kids : Twelve times, Rare Pixies et Heaven ?! 81-96, mais il y en a un énorme paquet. Dans le tas, beaucoup sont de simples compilations d'actualité. Cela peut faire de bons disques, mais évidemmentles plus intéressants sont ceux qui contiennent des inédits, et parmi tous ceux-là ce CD de démos acoustiques de chansons pour 16 lovers Lane, l'ultime album des Go-Betweens première formule, est sûrement l'un des plus précieux.
Mais pourquoi, en 1996, dédier la couverture de son hebdomadaire à ce groupe disparu, majeur par sa production artistique mais mineur par son impact commercial ? J'ai posé la question à Jean-Daniel Beauvallet, l'un des rédacteurs en chef du magazine et aimable préfacier l'an passé de mon Journal d'un fan de chambre.
La réponse est simple : la rédaction des Inrockuptibles était pleine de fans du groupe, qui s'était séparé en 1989. En 1991, les abonnés s'étaient déjà vus gratifier d'une compilation, Neu Holland, qui associait des titres des Go-Betweens et des titres solos de Robert Forster et Grant McLennan. Là, comme Jean-Daniel l'a écrit au moment de la présentation du documentaire Right here l'an dernier, l'idée était de se faire plaisir en se donnant l'occasion unique de poser en une la question de savoir si The Go-Betweens était "le groupe le plus sous-estimé de l'histoire du rock ?".
Il y avait aussi un peu d'actualité autour du groupe : une première réédition de leurs six albums, un concert exceptionnel du groupe reformé le 23 mai 1996 au Palace, un nouvel album de Robert Forster et un de Jack Frost, le groupe qui associait Grant McLennan et Steve Kilbey de The Church.



Alors, banco pour les Go-Betweens en couverture dans le numéro daté du 22 mai 1996, avec long entretien avec Christian Fevret, le rédacteur en chef, The Go-Betweens - Les destins amis.
Pour intéresser la partie, Les Inrocks souhaitaient aussi diffuser un CD inédit du groupe, à tous les lecteurs, pas seulement les abonnés, et gratuitement, sans augmentation du prix de vente.
En discutant avec le groupe, ils se sont rendus compte que celui-ci avait conservé toutes ses archives. Pas facile de faire un choix, donc, mais quand il est apparu qu'il existait des démos pour 16 Lovers Lane, un des albums préférés de la rédaction, le choix s'est fait tout seul et l'opération a pu se faire, avec une pochette de disque qui, astucieusement, se présente comme la maquette de celle de l'album original.
Il y a onze titres sur le CD. Huit démos proprement dites, et trois titres extraits de trois des albums du groupe.
Sur les démos, on n'entend je pense que les deux compositeurs Forster et McLennan et leurs guitares. Et, même s'il ne s'agit que de maquettes, les huit chansons, dont six seulement se retrouveront sur l'album, composent un excellent disque.
Initialement, mon titre préféré était Love goes on !. Aujourd'hui, je dirais que les seuls titres que j'aime un peu moins sont les deux qui ont été écartés de l'album, Wait until June (sorti en face B du single Streets of your town) et You won't find it again (finalement publié sur la compilation 1978-1990). Sinon, il n'y a que du très bon avec, par ordre de préférence quand même, The devil's eye, l'autre single Was there anything I could do ?, Dive for your memory, Love is a sign et I'm allright.
La première des pistes studio est Streets of your town, le troisième et tout aussi excellent single pris de 16 Lovers Lane, qui n'était pas présenté en démo. Bien vu. Suivent ensuite deux bons titres du groupe, The Clarke sisters et You've never lived.
Le n°58 des Inrockuptibles a été tiré à 80 000 exemplaires. Ils ne se sont pas tous vendus, mais chaque exemplaire contenait un CD. Ce disque n'est donc pas rare en France, et on le voit régulièrement sur les vide-greniers ou dans les dépôt-vente.
Il reste un petit mystère que Jean-Daniel n'était pas en mesure d'éclaircir car cette question relève plutôt du groupe et de son label. Au vu de la qualité de ces démos, et sachant qu'elles existent et ont largement été diffusées en France, je ne comprends pas qu'elles n'aient jamais été plus largement diffusées depuis. Et notamment sur la réédition de 2004 de 16 Lovers Lane, qui contenait un deuxième CD de raretés et d'inédits, mais pas ces démos. Mystère, donc, mais ça ne rend cette rondelle des Go-Betweens que plus précieuse.





02 janvier 2018

ORCHESTRE PATHÉ FRÈRES : La Croupionnette


Acquis chez Emmaüs à Tours-sur-Marne le 29 décembre 2017
Réf : 6892 et 6896-- Édité par Pathé en France vers 1918
Support : 90 tours 21 cm
Titres : La Croupionnette (Nouvelle danse originale) -/- American parade (Marche caractéristique)

Le dernier disque acheté en 2017 et ma première chronique de 2018... Celle d'un disque qui aura cent ans cette année, carrément !
Je suis allé faire un petit tour chez Emmaüs vendredi sous la pluie, mais je n'ai pas eu grand chose à me mettre sous la dent car je n'ai pas laissé passé suffisamment de temps entre deux visites.
Après avoir constaté qu'il n'y avait pas de nouveaux CD dans les tiroirs, j'ai jeté un œil désabusé sur le stock de vinyls qui reste présent entre deux ventes spéciales (aucun disque n'est ajouté entre deux ventes, donc on sait que ce stock a été ratissé en long, en large et en travers) avant d'avoir la bonne idée de demander si la boîte de 78 tours que j'avais trop rapidement fouillée en septembre dernier était disponible.
Je m'attendais à une réponse négative, mais non, les disques étaient là, sauf qu'ils étaient passés d'une boîte à une caisse fermée, c'est pour ça que je ne les avais pas vus, en perdant au passage tous les disques de chansons grivoises que j'avais aperçus et laissés le jour où j'ai acheté le Tramel... le Bouif. Ça m'apprendra.
Mais de nouveaux disques étaient arrivés entre temps. J'ai pris un 78 tours d'un chanteur turc, Haffous Kemal Effendi. Un disque fabriqué en Allemagne, importé en France et un peu décevant à l'écoute.
Il y avait aussi toute une pile de disques Pathé des années 1900-1910. Je sais depuis que j'ai acheté La Mousmé que l'audition de ces disques Pathé, plus petits que les 78 tours les plus courants, commence par le centre, à la vitesse de 90 à 100 tours par minute et avec un diaphragme Pathé spécial pour disques à Saphir inusable. Autrement dit, je n'ai pas la possibilité de les écouter chez moi. Mais un disque qui contient La Croupionnette, présentée comme une "nouvelle danse originale", vous auriez pu vous empêcher de l'acheter ? Pas moi en tout cas !
Et le plus beau de l'histoire, c'est qu'une fois rentré à la maison, j'ai découvert que les deux faces du disque étaient en écoute sur YouTube. On va donc pouvoir profiter pleinement de ce disque.
Ce que j'ai appris tout de suite, c'est que la Croupionnette a été créée vers 1906 au Bal Tabarin, l'un des cabarets qui ont fait la réputation de Montmartre.  Ses "entraîneuses", ses fêtes galantes et folichonnes, les concours (des plus belles parties anatomiques) et les nouvelles danses qui y étaient expérimentées ont fait le succès de ce lieu ouvert en 1904.
Question nouvelles danses en vogue, je croyais en connaître un bout avec les différentes modes qui se sont succédées dans les années 1950 à 1970, du Rock and Roll au Twist en passant par le Popcorn et même le Reggae (!), mais au Bal Tabarin, on faisait mieux que chez Régine ou au François Patrice - Saint Hilaire.
Outre la Croupionnette, on pouvait y danser la Tabarinette (bien sûr),  mais aussi, comme mentionné dans trois contributions (ici, et ) sur le forum Pages 14-18, la Likette, la Mouyette, la Kraquette, le Tango, le Pas de l'Ours, le King King, le Kily Kiwiky, la Kekette, la Maxixe brésilienne, la Pélikette, le Rhadada... C'est pas tout, n'en jetez plus !
C'est énorme, tellement d'ailleurs qu'on se moquait de cette frénésie créatrice de danses dans la presse, et aussi en chanson, comme dans Le Zipholo, une chanson de 1907 interprétée par Victor Lejal et Charlus.
Il y a visiblement eu un très grand nombre de cartes postales éditées qui présentent la Croupionnette telle qu'elle se dansait au bal Tabarin. Elles nous donnent une idée des différents pas de cette danse :





Il existe aussi des partitions pour piano. Elles ont le mérite de nous apprendre que l'auteur de cette musique est Henri José, ce qui n'est mentionné nulle part sur mon disque :



Habituellement, ces danses à la mode durent rarement plus d'une saison. Ce qui est étonnant avec la Croupionnette, c'est qu'elle a fait parler d'elle pendant plus de dix ans. Elle est créée en 1906, mais mon disque date de 1918 et, pendant la guerre, des Pioupious l'avaient même rebaptisée la Kruppionnette, en référence au marchand d'armes allemand.
Après tout ça, il serait peut-être temps d'écouter La Croupionnette, puisqu'on en a l'occasion. Rien d'extraordinaire, sans surprise, c'est de la musique d'harmonie-fanfare, fort agréable, avec juste une petite particularité, un instrument percussif qui fait penser au son des sabots d'un cheval.
Sur l'autre face, American parade, est annoncé comme une "marche caractéristique", et ce n'est pas moi qui vais me risquer à contredire cette mention. Notons que sur l'exemplaire qui a été numérisé figure la mention du compositeur Frémaux et le numéro de matrice 46070. Sur mon exemplaire, l'autre rondelle est strictement identique mais celle d'American parade ne mentione pas Frémaux (du coup "caractéristique" est écrit en toutes lettres) et le numéro de matrice est 35443, ce qui signifie probablement que ce n'est pas le même enregistrement.
J'espère avoir l'occasion cette année de continuer à faire un peu d'archéologie phonographique...


01 janvier 2018

MES GRANDES TROUVAILLES DE CHINE 2017

Voici une nouvelle sélection de mes découvertes discographiques achetées d'occasion pendant l'année écoulée et chroniquées ici.
La tendance se confirme : les seuls disques que j'ai achetés en grande quantité cette année, c'étaient des CD, surtout des albums de fond de catalogue des années 1990, qu'en règle générale je n'ai pas eu envie de chroniquer.
Pour le reste, fini le temps des grands lots de disques pas chers, sur les vide-greniers ou dans les dépôts-vente. J'y ai encore trouvé plein de choses intéressantes, cette sélection en est la preuve, mais il faut fouiner encore plus qu'avant, s'intéresser encore plus aux franges musicales et pêcher les disques un à un. Ou alors, il faut fréquenter les déchetteries !

Un clic sur le titre ou la pochette vous emmènera sur la chronique correspondante.
Les disques sont listés dans l'ordre d'apparition de leur chronique sur le blog.



J'espérais depuis quelques temps trouver un 78 tours d'un pionnier du rock. J'ai fini par tomber à Londres, de son vivant mais de peu à quelques mois près, sur ce disque de 1956 de Fats Domino.


J'hésite à acheter ce CD promo en ligne et, deux jours plus tard, je tombe dessus chez Parallèles à Paris ! Que rêver de plus, à part peut-être le trouver dans une benne en allant à la déchetterie... ?


Quand j'ai acheté puis chroniqué cette version instrumentale d'Un tout petit pantin, je n'avais aucunement l'intention de me lancer dans un feuilleton estival autour des 45 tours français de Sandie Shaw liés à sa victoire à l'Eurovision 1967.


En route vers le Nord pour participer à l'émission Bam Balam sur RCV, j'ai trouvé des disques à Vermand et Cambrai, dont cette version promo en vinyl vert de la compilation Rock of the 80's, avec des titres différents et plus rares que sur la version commercialisée.


Un 45 tours "futuriste" de 1978 qui reste moderne en 2017.


Le titre est sur un album, mais un maxi hors commerce de Nina Simone avec une excellente version en concert de la chanson de George Harrison, j'en veux bien un chaque jour du doux Seigneur que Dieu fait.


La belle surprise dans un dépôt-vente qui venait d'ouvrir : un obscur album de pop US lumineuse.


La trouvaille la plus improbable de l'année, au cœur de l'été, dans la benne d'une déchetterie ! Et le disque est très bien, en plus !


J'ai été tout content de tomber sur ce disque Aux Ondes,qui contient trois titres des Maxels après l'interview d'un champion de boxe guadeloupéen.


J'ai moins acheté de 78 tours cette année. Fort logiquement, j'en ai donc moins chroniqué. Celui-ci était de loin le plus intéressant.


Je n'attendais pas grand chose de cette compilation suisse de musique sud-africaine, mais ce CD (légèrement) électronique s'est révélé excellemment dansant.


Un 45 tours de twist qui ne payait pas de mine, mais qui se révèle être bien meilleur que du twist. Et l'un des titres est dans une version plus longue que sur le disque original américain.


L'un des nombreux 45 tours achetés à un copain qui se débarrassait de sa collection... Sur celui-ci, Michou est accompagnée par le groupe Caméléon (Alain Péters, Loy Ehrlich, Renaud et René Lacaille,...).


Il est parfois essentiel de ne surtout pas se fier à la pochette d'un disque... Celui-ci est excellent !

30 décembre 2017

MORTIMER SHUMAN : Le lac majeur


Acquis d'occasion dans la Marne sûrement au 21e siècle
Réf : 6837 534 -- Édité par Philips en France vers 1978 -- Disque hors commerce - Vente interdite -- Offert par la Fromagerie des Chaumes
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Le lac majeur -/- Shami-sha

J'ai acheté ce disque en pensant que c'était l'édition la plus courante, celle qui s'est énormément vendue en France en 1972. Le recto de la pochette est strictement identique, mais il est précisé au dos que le disque est "Offert par la Fromagerie des Chaumes", dans le cadre d'une opération commerciale dont j'ignore tout si ce n'est qu'elle piochait dans le catalogue Philips. Quelqu'un chez Discogs a daté ce disque de 1978, sûrement à partir du numéro de catalogue, qui est différent de l'original.
Cette semaine, en plein réveillon, on s'est lancé dans un blind test familial, évidemment très nostalgique. Dès les premières notes de Le lac majeur, on a tous reconnu la chanson et on s'est mis à la chanter même si, comme c'était mon cas, on ne l'avait pas écoutée depuis des années. Il faut dire que nous avions à la maison l'album Amerika, dont ce 45 tours est extrait, et, contrairement à d'autres disques, il plaisait à toute la famille !
Je m'étais plongé à l'époque dans les notes de pochette de Jean-François Vallée au dos de l'album. Il y était question du parcours de Mort Shuman comme compositeur de tubes rock, notamment pour Elvis Presley. J'avais enregistré l'information, mais sans me rendre compte de l'importance de cette œuvre.
Aujourd'hui, avec le recul et en connaissant mieux l'histoire du genre, c'est plus clair, et on sait que Mort Shuman a bien mérité sa place au Songwriters Hall of Fame et au Rock & Roll Hall of Fame. Avec et parfois sans son compère Doc Pomus, Mort Shuman c'est quinze chansons pour Elvis Presley (dont Marie's the name (His latest flame), Viva Las Vegas et Surrender), c'est Save the last dance for me, et je pourrai m'arrêter là, ça suffit à inscrire nom dans l'histoire, mais c'est aussi Cant' get used to losing you, Sweets for my sweet, A teenager in love pour Dion et, alors que Shuman avait quitté les Etats-Unis pour s'installer à Londres, Sha la la la lee pour les Small Faces,...
Fasciné par Brel, il signe en 1968 les adaptations de ses chansons en anglais pour la comédie musicale Jacques Brel is alive and well and living in Paris. Son succès contribuera à le faire connaître aux anglo-saxons. Les versions par Scott Walker ou David Bowie reprendront le plus souvent les adaptations de Shuman. Pas mal tout ça, sachant que Mort Shuman n'avait encore que trente ans en 1968 !
Mais si vous parlez de Mort Shuman à un français (son prénom complet Mortimer figure sur la pochette de ce 45 tours et sur celle d'Amerika, mais c'est Mort qui est utilisé sur les rondelles et partout ailleurs), c'est sa seconde carrière, celle de compositeur-interprète qu'il connaîtra, celle lancée magistralement avec Le lac majeur, qui va se poursuivre tout au long des années 1970 et 1980, avec notamment Papa Tango Charly, Un été de porcelaine et Sorrow, la chanson du film A nous les petites anglaises.
Mais revenons au disque. Le lac majeur, c'est certes de la variété un peu grandiloquente, tant dans les arrangements de cordes que dans les paroles (d’Étienne Roda-Gil, la référence à Michel Bakounine me passait alors et me passe toujours au-dessus, même si on peut entendre des influences russes dans la musique), mais c'est avant tout une très belle chanson, lente, avec un refrain ("J'ai tout oublié du bonheur, il neige sur le lac Majeur"), qui revient et reste en tête dès qu'on entend les premières notes.
D'avoir mis Shami-sha en face B, c'est presque du gâchis. Si cet autre titre de l'album était sorti séparément en 45 tours, il se serait aussi sans doute très bien vendu. Je crois d'ailleurs qu'il passait beaucoup dans les radios, et l'étiquette de promotion rouge ajoutée sur l'album mentionnait ces deux titres.
J'aime beaucoup cette chanson, qui est très poppy, et en la réécoutant je me disais qu'elle n'était pas si éloignée que ça des tubes américains signés Pomus-Shuman. Je ne croyais pas si bien dire ! Un gars sur YouTube m'a mis sur la piste en indiquant que la base musicale de Shami-sha est la même que celle de Suspicion, enregistrée par Elvis Presley pour son album Pot luck en 1962, mais c'est Terry Stafford qui en a fait un tube en 1964. Les Chats Sauvages, avec Mike Shannon au chant, en ont fait, aussi en 1964, une adaptation en français, Obsession, qui est une réussite. Ce n'est que l'une des nombreuses versions françaises de chansons de Doc Pomus et Mort Shuman.
Jean-François Vallée y faisait allusion, et c'est aussi mentionné dans Lonely avenue, le livre d'Alex Halberstadt sur la vie de Doc Pomus : Mort Shuman a fait pas mal d'excès en tous genres dans sa jeunesse. Ça explique peut-être en partie son décès précoce à 53 ans en 1991, quelques mois seulement après Doc Pomus.


Mort Shuman, Le lac majeur, en direct dans l'émission Tour de chant, le 18 décembre 1972.


Mort Shuman, Le lac majeur.


Témoignage de Mort Shuman après la mort d'Elvis Presley dans le journal de 20h d'Antenne 2, le 17 août 1977.

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